Anglais  Espagnol
English   Espagnol  

Introduction au Daïto-ryu Aiki-jujutsu du Takumakai

Takuma HisaLe monde de l'Aikido est décidément bien petit et c'est au cours des rencontres dues au hasard que l'on fait les découvertes les plus cruciales pour son développement personnel et celui de son Aikido. Je me trouvais dernièrement à Tokyo pour un séjour d'une vingtaine de jours de pratique intensive au Hombu Dojo de l'Aikikai lorsqu'une telle rencontre s'est produite. Évidemment, l'expérience de l'Aikikai elle-même serait bien digne d'un article, mais je vous propose aujourd'hui de prendre un chemin de traverse en direction de Daito Ryu Aiki-Jujutsu de l'école Takumakai.

Guillaume Erard et Kobayashi Kiyohiro - Daito-ryu Aiki-jujutsu Takumakai à TokyoEt si nous commencions donc par le commencement ? Me voici donc à Tokyo, au Honbu, alors que je profite d'une petite pause après le cours du matin du Doshu, juste avant le cours de Yokota Sensei, je vois arriver un individu grand et à la carrure solide dont le visage me dit quelque chose. Il faut avouer que cette impression revient régulièrement lorsque l'on pratique à l'Aikikai car nombreux sont les personnages célèbres à fréquenter les locaux. Pourtant, l'homme qui monte sur le tapis et salue non loin de moi ce matin m'est étrangement familier. Ce n'est autre qu'Olivier Gaurin, auteur prolifique et véritable chercheur de l'Aikido dont j'avais publié un article très intéressant il y a quelque temps.

Après m'être présenté à lui en fin de cours et avoir sympathisé, il me donne rendez-vous le lendemain pour une heure de pratique ensemble (on pratique en général une heure avec la même personne à l'Aikikai même si cela tend à changer à l'heure actuelle). Après une heure de travail enrichissant, il me fait part très discrètement de la tenue d'un stage de Daito Ryu le week-end suivant à Tokyo. En tant qu'étudiant assidu de l'Aikido et de son histoire, j'ai évidemment déjà entendu parler de cette branche de l'Aiki-jujutsu rendue célèbre par feu Sokaku Takeda, mais je ne l'ai jamais pratiqué. Cette pratique reste d'ailleurs à ce jour confidentielle par rapport à l'Aikido qui en découle et j'accepte avec plaisir l'invitation à participer bien que je ne sache pas trop, à ce stade, à quoi m'attendre. À vrai dire, je me vois déjà compter mes blessures suite à un entraînement à cet art dont la réputation d'efficacité n'est un mystère pour personne. J'apprends également qu'Olivier mobilise un petit groupe de pratiquants, pour la plupart japonais d'ailleurs, dont quelques Aikido-ka, qui suivent régulièrement l'enseignement de Kobayashi Sensei à Tokyo. Ainsi, pour eux, celui-ci se déplace régulièrement d'Osaka vers la capitale, afin que l'enseignement des techniques du Daïto-Ryu Aiki-Jujutsu que légua Takeda Sokaku à Takuma Hisa ou à Ueshiba Morihei perdure, et que ce savoir ne disparaisse pas du monde, non plus de l'histoire de l'Aikido.

Le Takumakai Aiki-Jujutsu est en effet une organisation centrée à l'origine sur l'enseignement de Hisa Takuma, le seul élève de Sokaku Takeda à avoir reçu le Menkyo Kaiden des mains du maître (plus haute distinction d'un niveau selon le système traditionnel japonais). Il y a aujourd'hui quelque 40 branches ou dokokai (groupes d'étude) du Takumakai au Japon (ce qui représente sans doute moins de mille pratiquants réguliers). Mais cet art ancien est aussi représenté aux États-Unis, en Australie et en Finlande. La particularité de cette école est l'attention scrupuleuse qui a été portée à la préservation des techniques ancestrales telles que les enseignait Takeda Sokaku Sensei, en particulier grâce à des archives photographiques absolument uniques et très conséquentes. À l'inverse, Ueshiba Morihei, probablement le plus célèbre des élèves de Takeda, aussi par son talent en Daito-ryu qu'il enseigna pratiquement jusqu'au début de la guerre, talent encore aujourd'hui qualifié de « prodigieux » par les anciens du Takuma-kai, utilisa cette fois techniquement l'Aiki-Jutsu du Daïto Ryu qu'il avait appris du maître Takeda pour créer le Do de l'Aiki : l'Aiki-Do.

Guillaume Erard - Daito-ryu Aiki-jujutsu Takumakai à Tokyo

Après un trajet de train d'environ 40 minutes sur la Yamanote Line depuis Shinjuku jusqu'à Ueno, je me retrouve donc dans le complexe sportif accueillant le stage. Je suis agréablement surpris par la diversité de la quinzaine de pratiquants présents, couvrant un écart d'âge et de morphologie très important. Le cours est assuré par Kobayashi Kiyohiro, le manager du Daïto-Ryu Honbu d'Osaka et l'un des piliers de l'organisation Takumakai. L'homme est de petite stature, mais j'ai évidemment appris avec le temps à ne jamais juger un pratiquant sur ce genre de critère. La véracité de cette disposition d'esprit me sera évidemment confirmée le jour même par le maître à plusieurs reprises, car il possède un placement, un timing et un contrôle tout bonnement incroyables. Je me souviens en particulier d'un étranglement qu'il a réalisé sur moi avec la cheville alors que j'étais déjà au sol prisonnier d'une clé de bras.

Guillaume Erard et D.J. Lortie

Le style aiki du Takumakai est épuré, mais chaque détail compte et je sens vite que jamais, durant les trois heures du stage, je ne parviendrai à faire un mouvement vraiment correctement. On semble pratiquer assez lentement, et par étapes, afin de bien saisir tous les angles et les appuis. C'est assez déconcertant. Du coup Maître Kobayashi vient souvent démontrer sur les élèves les mouvements proposés et je me rends compte de la chance incroyable que j'ai de pouvoir participer à ce stage alors que je suis totalement étranger au système. Kobayashi Sensei sourit souvent de mes « tics » d'Aikidoka, mais prend toujours le temps de m'expliquer patiemment les techniques, via la traduction simultanée souvent offerte au moment opportun par Olivier.

Guillaume Erard, D.J. Lortie et Kobayashi Kiyohiro

Le nombre de techniques abordées est conséquent et j'ai bien du mal à me rappeler d'une en particulier de façon précise, mais je retiendrai toujours l'économie de mouvement et l'efficacité de tout ce qui est proposé. Certains mouvements préfigurent bien évidemment des techniques d'Aikido telles que Ikkyo ou Aiki-Otoshi, mais de subtiles différences sont omniprésentes. Contrairement à ce que j'ai imaginé, les techniques ne sont pas violentes ou exécutées de façon sèche, bien au contraire. Olivier m'expliquera d'ailleurs que Kobayashi Sensei insiste sur le fait que la douleur ne devrait jamais être la finalité d'une contention articulaire, et que ce type de contention ponctuelle ou entretenue, dans le cadre Aiki du Daïto, permet juste de guider au mieux les points clés physiologiques de l'adversaire, cela d'une façon sécuritaire, ce qui rend la technique beaucoup plus facile à exécuter et infaillible.

Évidemment, on n'apprend pas une discipline telle que celle-là en une séance. Je voudrais pourtant dire qu'il fait du bien de retourner de temps en temps « à la source » afin de remettre en cause sa propre pratique, de même pour garder cet héritage technique en vie et le transmettre. Le travail de cette poignée d'élèves est un exemple à suivre et je compte bien retourner en apprendre plus lors de mon prochain séjour au Japon.

Kobayashi Sensei effectuant une technique de Daito-ryu Aiki-jujutsu (Aiki-otoshi) sur Guillaume Erard

Je suis extrêmement reconnaissant à Olivier Gaurin de m'avoir permis d'élargir mes horizons martiaux et à Kobayashi Sensei de m'avoir accepté pour ce cours mémorable, chose assez rare au Japon de la part des enseignants des Ryu traditionnels.

Daito-ryu Aiki-jujutsu Takumakai à Tokyo

Le groupe de stagiaires autour de Kobayashi Sensei (premier rang, de gauche à droite, Guillaume Erard, D.J. Lortie, Kobayashi Sensei et Olivier Gaurin, au fond à gauche, Frédérique Sarre et tout à droite, Miki Kiyokaki Sensei)


Pout aller plus loin
À propos de l'auteur
Guillaume Erard
Auteur : Guillaume ErardSite web : http://www.guillaumeerard.fr
Biographie
Fondateur du site en 2007, Guillaume est un passionné de culture et d'arts martiaux Japonais. Après avoir pratiqué le Judo pendant l'enfance, il débute l'Aïkido en 1996 et le Daïto-ryu Aïki-jujutsu en 2008. Il détient actuellement les grades de 4e Dan en Aïkido (Aïkikaï) et 1er Dan en Daïto-ryu Aïki-jujutsu (Takumakaï). Guillaume est également passionné de science et d'éducation et il détient un doctorat en Biologie Moléculaire depuis 2011. Il vit à Tokyo et travaille comme consultant pour la recherche médicale. > Voir le profil complet

comments powered by Disqus

Dernières vidéos

Réseaux sociaux

 

    

 

 

Newsletter

Abonnez-vous à la newsletter pour recevoir un email lorsqu'un article est publié (max 1 email par semaine).

Commentaires Aïkido et Daïto-ryu

Actualités BudoExport

  • 51e All Japan Aikido (2013)

    Daï 51 Kaï Zen Nihon Aïkido Enbu Taïkaï 51e grande démonstration d’Aikido du Japon Comme chaque année, notre équipe était...

  • Fin de partenariat avec Tozando

    Fin de notre collaboration avec Tozando Évolution du catalogue Aikido – Suite Après Iwata, c’est maintenant Tozando qui ne souhaite...

  • Fin de partenariat avec Iwata

    Fin de notre collaboration avec Iwata Evolution du catalogue Aikido Nous abordons aujourd’hui un sujet difficile, un sujet qui nous...

  • Equipements d’Aïkido contrefaits

    Contrefaçons de Dogi & Hakama d’Aïkido Via de faux logos Aïkikaï fabriqués en Chine C’est un sujet que nous avons...

  • Comparatif : Choisir son Karategi (Kimono)

    Comparatif : Choisir son Karate-gi (Kimono) Seido, Tokyodo, Tokaido Choisir son Karategi n’est pas une chose simple pour tout le...