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Un tremblement de terre extrêmement important d'une magnitude de 8,8 (le plus important au Japon depuis le début des mesures il y a 140 ans) a frappé dans l'océan Pacifique à environ 160 km de la côte Nord-Est du Japon à 14 h 46 (JST) le 11 Mars 2011. De très importants dégâts sont à déplorer suivis d'un tsunami de plus de 10 mètres qui a ravagé les côtes. Le nombre de victimes continue de monter alors que l'eau redescend. Je vous propose ici un compte rendu heure par heure de ce qui s'est passé pour moi après la catastrophe ainsi que les jours suivants. Je mettrai à jour cet article régulièrement au fur et à mesure que la situation à Fukushima s'améliore... ou pas.

Vendredi 11 mars 2011

  • 18 h 34 (JST) : Tout va bien, ça a beaucoup tremblé mais nous sommes tous sains et saufs. Je suis coincé au travail et nous n'avons pas accès à Facebook donc je vais me servir de cette page pour donner des nouvelles. Mon téléphone ne marche pas non plus. Je vais attendre à Yokohama que tout se calme et jusqu’à ce que les trains repartent. Les taxis sont rares et le trafic est tel que qu'il ne sert à rien d'essayer de conduire. Je rentrerai à Tokyo quand je le pourrai.

Plusieurs usines sont en feu à Yokohama, je vois des colonnes de fumée noire depuis la fenêtre de mon laboratoire. Nous avons également eu des nouvelles de la centrale nucléaire de Fukushima, apparemment, celle-ci a été touchée de plein fouet par le tsunami et les autorités s'inquiètent de possibles dégâts.

Les premiers bulletins d'information

Effets du trembement de terre

  • 20 h 02 (JST) : Nous sommes toujours en attente des derniers parents venus chercher leurs enfants même si la plupart sont maintenant chez eux. Certains parents sont dans les embouteillages depuis plus de 4 heures. Le moral est bon même si pas mal de foyers sont sans eau chaude et électricité ce soir. Nous avons de la chance ici car nous avons électricité, chauffage et Internet. Plusieurs collègues m'ont proposé de m'héberger ce soir car mon retour sur Shibuya semble très compromis. Toutes les lignes de train sont arrêtées jusqu’à demain et le trafic routier est horrible.

Étudiants et professeurs attendant après le tremblement de terre

La terre tremble à Yokohama Attendre ensemble...
  • 01 h 56 (JST) : La ligne Tokyu Toyoko a rouvert ce soir et j'ai réussi à rentrer chez moi vers 1 h 00 du matin. Tous les élèves et les employés de l'école ont soit réussi à rentrer chez eux, soit à trouver un abri pour la nuit. La foule à la station de Shibuya attendant un train pour rentrer chez eux en banlieue est absolument énorme, même par rapport au standard Japonais.

Samedi 12 mars 2011

  • 09 h 29 (JST) : Aujourd'hui les trains roulent à peu près régulièrement. Les gens sont retourné au travail et tout le monde garde un œil sur la centrale nucléaire de Fukushima qui montre des signes de fission.
  • 21 h 45 (JST) : Je suis juste de retour de l'Aikikai. Les gens qui étaient présents avaient l'air heureux de se retrouver sur le tapis. Sugawara Sensei était à son poste comme d'habitude et sa présence inébranlable et son Aikido solide ont largement contribué à nous apaiser.

C'est totalement déboussolé que je me suis rendu au Hombu Dojo cet après-midi. Ne sachant pas vraiment que faire d'autre, mes pas m'ont naturellement mené à l'Aikikai. L'ambiance était très lourde dans le vestiaire. Malgré cette atmosphère chargée, cela m'a vraiment fait du bien de pouvoir pratiquer et oublier un peu la situation. Les gens qui étaient présents avaient également l'air d'être heureux de se retrouver sur le tapis.

Günter Zorn et sa femme Elke étaient présents et nous avons évidemment parlé des évènements de la veille et de la casse dans nos logements respectifs. Cela m'a fait un bien énorme de pouvoir mettre des mots sur ce qui s'était passé et de pouvoir recueillir leur ressenti, eux qui sont installés au Japon depuis de si nombreuses années. Cette discussion fut un moment très particulier pour moi, je me sentais tout d'un coup moins isolé.

Sugawara Sensei était à son poste et assurait son cours bon gré mal gré, agissant, via sa présence et son Aikido inébranlables, comme un véritable point d'ancrage pour nous qui étions venus pratiquer. C'est durant la pause de 18h30 qu'un pratiquant nous a annoncé qu'il y avait eu une explosion à la centrale nucléaire de Fukushima. Nous n'avions aucune autre information sur la gravite de l'évènement. Nous ne savions pas si nous devions nous attendre à un holocauste nucléaire imminent, s'il fallait rentrer chez nous, nous réfugier quelque part, ou juste continuer à pratiquer. Sugawara Sensei est remonté à 19h00 et nous avons juste continué à pratiquer.

Je me dis en rétrospective que j'ai eu de la chance que cette nouvelle arrive alors que j'étais au Hombu Dojo, avec ces gens qui sont ce que j'ai de plus proche d'une famille au Japon. Dans tous mes articles j'insiste toujours sur le fait que pour moi, l'Aikikai est une grande famille, un peu dysfonctionnelle certes, mais une famille quand même. Dans des cas extrêmes comme celui-ci, je pense vraiment que mon sentiment n'est pas du tout exagéré.

Dimanche 13 mars 2011

  • 09 h 43 (JST) : Une explosion s'est déroulée à la centrale nucléaire de Fukushima. Le réacteur numéro 1 a perdu la totalité de son enceinte de béton suite à l'accumulation d’hydrogène et d'oxygène. Une aire de 20 km de rayon à été évacuée autour du site. Les radiations ont atteint 1000 fois le seuil normal. Plusieurs personnes ont été exposées aux radiations. La situation a été notée à 4 sur une échelle internationale des accidents nucléaires de 0 à 7.

Deux isotopes radioactifs cæsium et iode ont été détectés, preuve que des barres de combustibles ont été exposées à l'air.

La centrale de Fukushima avant et après l'explosion

Réacteur 1 de Fukushima avant et après l'explosion Explosion du réacteur 1

La vie à Tokyo continue lentement. La plupart des boutiques et restaurants ont fermé la nuit dernière afin d'économiser de l'énergie en vue du blackout à venir (probablement demain). Les gens se ruent sur l'eau et la nourriture en prévision.

  • 22 h 19 (JST) : Les mauvaises nouvelles provenant de la centrale de Fukushima continuent de tomber et nous avons reçu une alerte sérieuse nous informant qu'il y avait 70% de chance pour qu'une réplique d'une ampleur équivalente à celle du tremblement de terre de Vendredi dernier se produise dans les 5 jours. Mégumi et moi avons donc décidé de partir pour Osaka pour une période indéterminée. Nous prenons l'avion demain matin depuis l'aéroport d'Haneda. L'aéroport de Narita est très difficilement accessible et beaucoup de vols ont été annulés. Nous préparons notre valise dans la précipitation, espérant que tout reste calme cette nuit.

Lundi 14 mars 2011

  • Chateau d'Osaka06 h 26 (JST) : Nous quittons Tokyo ce matin par taxi. Les rues sont désertes, les gens sont restés chez eux aujourd'hui. Nous nous attendons à un terrible tremblement de terre à tout moment et l'idée d'attendre sur les Polders de Haneda ne m'enchante pas mais c'est la seule solution. Le paysage assez post-apocalyptique dans son absence d'activité humaine me rappelle le film de Danny Boyle "28 jours plus tard"...
  • 09 h 04 (JST) : Nous sommes dans l'avion. On se sent évidemment coupables de partir mais étant en vacances tous les deux, nous ne voyons pas bien l'intérêt de rester à Tokyo, surtout en cas de panique. Nous rentrerons quand les choses seront plus stables. Les relevés de radioactivité atmosphérique à Tokyo ce matin sont significativement supérieurs à la normale...

Mardi 15 mars 2011

    air-france-logoUn mot au sujet de la gestion de la crise par Air France.
    J'ai entendu beaucoup de critiques (venant surtout de France) par rapport à la réaction d'Air France face à la crise. Je dois dire que cela m'a beaucoup énervé car je les ai trouvés au contraire tout à fait exemplaires. Évidemment, ils ont mis un certain temps à réagir mais rappelez-vous que tout s'est déroulé pendant le week-end et qu'un système informatique comme le leur a forcément une certaine inertie avant de pouvoir être modifié. Pourtant, dès Lundi des vols à des prix défiant toute concurrence ont été mis en place, quel que soit le délai avant embarquement. En outre tous ces vols étaient totalement échangeables et remboursables. L'action d'Air France a été non seulement exemplaire, en phase avec le fait que l'état Français détient 16 % de son capital, et tout à leur honneur, mais le fait de savoir que l'on avait une porte de sortie à tout moment nous a aussi beaucoup aidé à gérer la crise. Je les en remercie sincèrement.
  • 20 h 14 (JST) : Nous sommes à l'hôtel à Osaka. Le moral n'est pas au beau fixe mais nous avons tout de même la sensation qu'une grande partie de la pression a disparu. Nous passons le plus clair de notre temps dans la chambre d'hôtel à regarder les informations. Espérons que quelques visites demain nous feront un peu de bien et nous changeront les idées. Je reçois pas mal d'Emails d'amis qui sont également descendus dans le Kansaï, nous nous donnons des nouvelles mais chacun reste un peu prostré et isolé.

Jeudi 17 Mars 2011

  • 10 h 20 (JST) : Nous venons de réserver deux billets Air France pour retourner à Paris demain. Les nouvelles à Fukushima et l'activité sismique toujours intense. Nous perdons en outre beaucoup d'argent à Osaka. Par ailleurs, nous avons vraiment besoin d'une pause ; cette tension constante est vraiment usante pour nous.

Vendredi 18 mars 2011

  • 09 h 35 (JST) : Alors que nous étions dans le train en direction de l'aéroport du Kansai, nous avons pris la décision de ne pas prendre l'avion pour rentrer en France. Mégumi ne pouvait pas partir en sachant que sa famille était toujours à Tokyo. De mon côté, je ne pouvais pas la laisser seule donc nous avons annulé nos billets par téléphone. Nous avons pris le Shinkansen depuis l'aéroport afin de repartir pour Tokyo. Le temps se fait menaçant et la pluie augmente les risques d'exposition à la radio-activité. Je dois faire cela pour elle, mais j'ai vraiment l'impression que je suis en retour pour l'enfer...

Pour aller plus loin :

À propos de l'auteur
Guillaume Erard
Biographie
Fondateur du site en 2007, Guillaume est un passionné de culture et d'arts martiaux Japonais. Après avoir pratiqué le Judo pendant l'enfance, il débute l'Aïkido en 1996 et le Daïto-ryu Aïki-jujutsu en 2008. Il détient actuellement les grades de 4e Dan en Aïkido (Aïkikaï) et 2e Dan en Daïto-ryu Aïki-jujutsu (Takumakaï). Guillaume est également passionné de science et d'éducation et il détient un doctorat en Biologie Moléculaire depuis 2011. Il vit à Tokyo et travaille comme consultant pour la recherche médicale. > Voir le profil complet

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