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L'île d'Énoshima, le lieu où les sanctuaires et des plages se rencontrent

L'île d'Énoshima Énoshima est une petite île au large de la côte est du Japon située dans la Baie de Sagami, non loin de Kamakura dans la province de Kanagawa. L'île à une circonférence d'environ quatre kilomètres et elle est reliée à la métropole via le pont d'Énoshima-ohashi qui coure sur 660 mètres dans le prolongement de la rivière Katagase-gawa. Depuis Kamakura, il suffit de prendre la ligne de train Énoshima Densetsu en direction de Fujisawa et de s'arrêter à la station Katase-Énoshima. Le trajet dure moins d'une demi-heure et offert une vue assez jolie de la cote. Depuis la station de Katase-Énoshima, vous devrez juste marcher vers le sud-ouest pendant quelques minutes pour rejoindre le pont Énoshima-ohashi.

Se rendre a Énoshima

Rue principale d'ÉnoshimaLa rue menant a Énoshima Jinja

Comme souvent au Japon, le contraste affiche au sein de cet endroit peut être très surprenant et vous pourrez même vous demander si vous vous êtes arête a la bonne station lorsque vous croiserez les hordes de surfeurs au teint chocolat accompagnés de leurs petites amies aux cheveux peroxydés. Énoshima (江ノ島) est en fait l'une des plages les plus proches de Tokyo et elle devient par conséquent très fréquentée durant les mois de juin à août. Malgré l'ambiance survoltée, vous êtes pourtant au bon endroit et vous devrez juste marcher un peu plus loin en direction du centre de l'île afin de vous éloigner des plages et d'échapper à l'ambiance survoltée. La rue menant au sanctuaire est très animée et elle est bordée de nombreux restaurants, cafés, boutiques, et ryokan (auberges traditionnelles) ce qui fait qu'a elle seule, elle vaut sûrement une bonne heure d'exploration. Si vous pensez retourner en métropole via le ferry qui circule depuis l'arrière de l'île (et donc ne pas repasser ici), ne vous inquiétez pas, car le reste de l'île comporte elle aussi de nombreux restaurants, boutiques et distributeurs automatiques.

porte principale d'Énoshima jinjaLa porte principale d'Énoshima Jinja
Le Shogunat de Kamakura (鎌倉幕府, Kamakura bakufu)
Le bakufu de Kamakura était un régime gouvernemental militaire contrôlé par le Shogun (将軍, commandant en chef des forces chargées de combattre les barbares) à la place de l'Empereur entre 1185 et 1333.
Au bout de cette rue, vous trouverez un Tori rouge qui vous mènera via une volée de marche à la porte principale d'Énoshima Jinja. Si vous ne vous sentez pas à monter l'escalier escarpé, vous avez la possibilité de prendre ici l'Énoshima Escar, un escalator qui vous mènera au sommet d'île pour 300¥. Notez bien par contre que le retour se fait obligatoirement à pied. Le sanctuaire Énoshima Jinja est en fait constitué de trois différents temples et chacun d'entre eux est dédié à l'une des déesses Shinto du trio Munataka: Tagitsuhime, Ichikishimahime et Tagirihime. On suppose que ces déesses sont adorées sur île depuis le VIe siècle, initialement dans un petit temple construit par l'Empereur Kinmei (510 – 571) à l'intérieur de l'une des deux grottes Iwaya. Ce lieu d'adoration fut déplacé en 853 vers un bâtiment plus solide, le Nakatsu-no-miya au centre de l'île. Ce temple existe toujours et il fait partie des trois temples qui composent le sanctuaire d'Énoshima.

Selon la mythologie bouddhiste, île est supposée avoir émerge du fond de l'océan après un violent tremblement de terre déclenché par la déesse de la mer Benzaiten (裸弁財天 Hadaka Benzaiten). Benzaiten est aussi supposée avoir apprivoise le Dragon à cinq têtes qui terrorisait la région avant son arrivée. Ensorcelé par sa beauté, le Dragon jura même de faire le bien et de devenir le messager de la déesse si celle-ci acceptait de l'épouser. L'île dans sa totalité est d'ailleurs dédiée à la déesse. Benzaiten est à l'origine une déesse bouddhiste et de nombreux moines bouddhistes avaient l'habitude de se retirer dans les grottes de l'île afin de méditer. La déesse fut plus tard intégrée par syncrétisme au le Shinto et invitée au sanctuaire par Yoritomo Minamoto (1147 – 1199), le premier shogun de Kamakura. L'intérêt de Yoritomo pour la déesse est probablement dû en grande partie au fait que Benzaiten était considérée en ce temps-là comme la déesse de la guerre navale.

La déesse nue Benzaiten d'ÉnoshimaLa Benzaiten nue d'Énoshima

La foi en la déesse Benzaiten d'Énoshima fut encore renforcée lorsque le Tokugawa Ieyasu (1542-1616), le fondateur du Shogunat des Tokugawa, qui avait l'habitude de visiter le sanctuaire en fit le sanctuaire officiel de la famille Tokugawa. Plus tard Benzaiten devint la déesse du divertissement et de la fortune, ce qui est plus proche de la croyance originale en la déesse venant originalement de Chine. Aujourd'hui on peut encore voir des Japonais lavés leurs billets de banque dans le bassin en face du temple afin de s'assurer les faveurs de la déesse est de gagner fortune. Il n'est en outre pas rare de voir des célébrités japonaises venir se recueillir au temple et faire un vœu pour que leur succès perdure.

Shinbutsu bunri Au Japon le bouddhisme importé et le shintoïsme indigène ont toujours été intimement mélangés au sein du système de croyances Shinbutsu shugo. De nombreux bâtiments servaient en même temps de temples bouddhistes et de sanctuaires shinto, mais l'amalgame des dieux shinto et des bouddhas devint formellement interdit durant la restauration Meiji et sa tentative nationaliste de conserver la nature indigène des croyances shinto en opposition au bouddhisme venu de l'étranger. Cette séparation n'a pourtant pas été complètement terminée et de petits sanctuaires shintos sont toujours présents dans la plupart des temples bouddhistes.
La popularité de la déesse bouddhiste atteint de telles proportions qu'elle arriva à diminuer de façon significative l'étendue du culte existant autour des déités shinto originales de l'île d'Énoshima. Malgré cela, ces divinités revinrent au-devant de la scène lorsque la plupart des structures bouddhistes furent enlevées (dont les statues de Benzaiten) ou même détruites à cause de la mise en place du décret impérial Shinbutsu bunri (voir encadré). Finalement, l'acte de liberté de culte qui fut signé en 1947 mit fin à cette politique et ouvra la voie à la restitution des deux statues qui peuvent heureusement être admirées aujourd'hui.

Énoshima Jinja

Hetsu-no-miya Jinja (le temple du bord)

Hetsu-no-Miya JinjaHetsu-no-Miya Jinja

Hetsu-no-Miya est le premier sanctuaire que l'on rencontre après avoir passé l'entrée principale. Il fut fondé en 1206 par le troisième shogun de Kamakura Sanetomo Minamoto (1192-1219) et fut dédié la déesse shinto Tagitsuhime. L'un des points les plus intéressants de ce sanctuaire est qu'il abrite une statue de Benzaiten visible dans un bâtiment Ho-an-den octogonal en bois (frais d'entrée 200 ¥) représentés de façon inhabituelle complètement nue jouant un Biwa (sorte de luth à manche court). Le hall contient également une seconde statuette de Benzaiten pourvue de huit bras et sculptée avant celle de la déesse nue probablement durant la période de Kamakura. Durant la période d'Edo, les deux statues n'étaient exposées au public qu'une seule fois tous les six ans, ce qui causait évidemment une grande affluence en direction du temple et générait aussi de significatives rentrées d'argent pour ses administrateurs.

Nakatsu-no-miya Jinja (temple du mileu)

Nakatsu-no-miya JinjaNakatsu-no-miya Jinja

Ce sanctuaire Shinto de couleur rouge vive est le plus ancien des trois temples qui forment le sanctuaire d'Énoshima Jinja. Il fut érigé en 853 par le moine bouddhiste En-nin, ce qui illustre assez bien la tendance japonaise de mélange entre shinto et bouddhisme, ceci, dès le VIIIe siècle. Pour donner une perspective à cette date, le bouddhisme chinois est supposé avoir été introduit au Japon durant le Vie siècle via la Corée. Les lanternes en pierre qui décorent le sanctuaire furent données par plusieurs acteurs de Kabuki qui célèbre de la période d'Edo. Le linteau est gravé avec des représentations de dragons et de tortues qui sont en outre représentés dans tout le reste de l'île.

Okutsu-no-miya Jinja (temple des profondeurs)

La tortue d'Okutsu-no-miya JinjaLa tortue d'Okutsu-no-miya

Tagirihime est la déesse Shinto du trio Munataka à laquelle est consacré ce temple. Selon la légende elle passe les hivers dans la grotte se situant en dessous une occupe le temple que d'avril à octobre. Le plafond de l'Oratoire est décoré avec une peinture de la tortue géante Happo Nirami no Kame dont le regard très particulier semble voir dans toutes les directions et suivre l'observateur alors qu'il bouge. Cette peinture est en fait une réplique de la pièce maîtresse originale conçue durant la période d'Edo par le fameux artiste Hoichi Sakai et reproduite par son disciple Kayo Kataoka. Dans la mythologie bouddhiste la déesse Benzaiten est supposé s'être retiré dans ce temple qui est le plus proche de la mer afin d'échapper à la chaleur estivale qui rendait le reste de l'île inconfortable.

Autres lieux intéressants

La tombe de Kengyo Sugiyama (1610-1694)

Vue Sud de l'île d'ÉnoshimaVue du Sud depuis le sommet de l'île d'Énoshima

Ceci est la tombe de Kengyo Sugiyama (de son vrai nom: Waichi Sugiyama), un homme aveugle qui se retira dans les grottes d'Iwaya pendant 21 jours et médita à fin d'acquérir une meilleure maîtrise des techniques d'acupuncture. Alors qu'il se trouvait là-bas, il s'empala le pied sur une épine de pain qui était coincée dans un tube de bambou, ce qui lui donna l'idée d'utiliser de petits tubes afin de guider les aiguilles d'acupuncture au travers de la peau des patients de façon plus précise. Cette méthode devint rapidement très célèbre et elle lui vaut la gratitude et la reconnaissance du cinquième shogun de la période d'Edo, Tokugawa Tsunayoshi (1646-1709). Le shogun lui offrit même le titre de Kengyo, la plus haute distinction qui puisse être octroyée à un aveugle. Sugiyama mourut à l'âge de 84 ans en tombant sur une pierre qui est aujourd'hui nommée « la pierre bonne fortune » et qui est toujours visible aujourd'hui.

Yasaka Jinja

Carte de l'île d'Énoshima en forme de Biwa >em>Carte de l'île en forme de Biwa

Ce temple est en fait une reproduction plus petite du temple Yasaka Jinja qui se trouve à Kyoto et où la divinité Susano-o et vénéré. Chaque 14 juillet, le festival Ten-no-sai et célébrer à fin d'empêcher les épidémies qui atteignent de hautes incidences à cause des conditions chaudes et humides. C'est ici également des sanctuaires portatifs, les Mikoshi, sont paradés depuis la mer jusqu'au sommet du sanctuaire. Ce festival marque pour les habitants locaux, le début formel de l'été.

Le jardin Samuel Cocking

Ces jardins botaniques furent établis par le marchand britannique Samuel Cocking (1842 – 1914) lorsqu'il acheta la plus grande partie du sommet de l'île au nom de sa femme japonaise à la suite de la confiscation par le gouvernement Meiji durant la mise en place de l'ordre de séparation du shintoïsme et du bouddhisme (Shinbutsu bunri). De nos jours le jardin qui porte le nom de son créateur existe toujours même si c'est dans une forme un peu diminuée à cause des dommages causés à la serre principale de 660 m² par le grand tremblement de terre du Kantô survenu en 1923. Le jardin peut être visité pour 200 ¥. Une fois l'intérieur, une magnifique vue de l'île peut être appréciée du haut du phare/tour d'observation haute de 120 m, l'Énoshima Sea Candle pour 300 ¥ supplémentaires.

Saifukuji

Temple SaifukujiTemple Saifukuji

Le Saifukuji (Énoshima Daishi) est le premier et le seul temple bouddhiste à avoir était reconstruit sur l'île plus de 125 ans après la fin de la politique de destruction du bouddhisme initialement mis en place par l'empereur Meiji. Ce temple tout à fait massif appartient à la secte Shingon. Le temple abrite une statue de Furo rouge haute de 6 m. Des cérémonies ayant pour but l'exorcisme des esprits mauvais via la combustion d'un feu sacré sont régulièrement dirigées par le prêtre en chef Ekan Ikeguchi (1936-) il détient le titre de Dai-Ajari (grand moine). Vous pouvez entrer et assister à la cérémonie gratuitement du moment que vous ne dérangez pas le service est que vous pouvez supporter la dense fumée qui remplit vite la salle. Au quatrième étage de ce bâtiment se situe le Hall Gome où d'autres cérémonies de purification sont conduites par les moines de la secte. Je suis chanceux de visiter les temples justes au moment de l'une des cérémonies et j'ai pu filmer la vidéo que vous pouvez voir ci-dessous.

Le prêtre en chef Ekan Ikeguchi dirigeant une cérémonie

La côte sud de l'île d'Énoshima

Les grottes Iwaya

Énoshima Hojo kamonÉnoshima Hojo kamon

Les grottes d'Iwaya sont accessibles via un escalier de 220 marches sculptées dans la pierre. Comme la plupart du reste du sanctuaire d'Énoshima, un amalgame de shintoïsme et de bouddhisme est visible en particulier dans la première cave (152 m de long) avec la consécration des déités shinto du trio Munakata ainsi que la déesse du soleil Amaterasu en même temps que la présence de nombreuses statues bouddhistes disséminées tout au long de ses galeries. La seconde grotte (56 m de long) est dédiée au dieu dragon le protecteur des pêcheurs. Une statue de la dignité est présente au fond de la galerie. Un dragon est supposé avoir vécu dans la grotte et être apparu devant Tokimasa Hojo (1138-1215), le beau-père de Yoritomo Minamoto et de lui avoir promis de protéger ses descendants. Le dragon laissa derrière lui trois écailles qui sont à l'origine du Hojo kamon (cimier). La visite des grottes vous coûtera 500 ¥ et vous permettra d'emporter une petite chandelle qui ajoutera beaucoup à l'ambiance mystérieuse de l'endroit.

Les falaises d'Énoshima

Falaises d'ÉnoshimaLes falaises d'Énoshima

Le sud de l'île possède des falaises abruptes qui s'arrêtent de façon soudaine sur une large plate-forme minérale juste au-dessus du niveau de la mer et qui procurent donc de nombreux bassins qui font le délice les enfants chassant les crabes. Vous verrez également de nombreux pêcheurs venus profiter de cet accès aisé à la mer loin des plaisanciers. C'est également ici que vous pouvez aborder le Bentenmaru, le ferry qui vous transportera depuis le jusqu'à la terre, vous évitant de refaire le chemin à pied en sens opposé. La croisière prend entre cinq et 10 minutes et coûte 400 ¥. Du haut des falaises menant aux grottes, à marée basse, vous pourrez aussi essayer d'apercevoir Kameishi, une pierre en forme de tortue semble nager hors de la grotte du Dragon en direction de la pleine mer. On dit que Kameishi fut sculptée par le fameux Kametaro Nakamura.


Pour aller plus loin :
À propos de l'auteur
Guillaume Erard
Auteur : Guillaume ErardSite web : http://www.guillaumeerard.fr
Biographie
Fondateur du site en 2007, Guillaume est un passionné de culture et d'arts martiaux Japonais. Après avoir pratiqué le Judo pendant l'enfance, il débute l'Aïkido en 1996 et le Daïto-ryu Aïki-jujutsu en 2008. Il détient actuellement les grades de 4e Dan en Aïkido (Aïkikaï) et 1er Dan en Daïto-ryu Aïki-jujutsu (Takumakaï). Guillaume est également passionné de science et d'éducation et il détient un doctorat en Biologie Moléculaire depuis 2011. Il vit à Tokyo et travaille comme consultant pour la recherche médicale. > Voir le profil complet

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