Le Oedo Onsen Monogatari et les bains publics au Japon

On sait que bien souvent, les adaptations Nippones de lieux ou concepts issus de l'étranger tiennent plus de la vision de Walt Dysney que de la reconstitution historique, mais ce que l'on sait moins est le fait que les Japonais ont tendance à passer leur propre culture à la moulinette de ce qu'ils appellent l'"Amuse", le divertissement. L'exemple que je voudrais présenter aujourd'hui est le Oeodo Onsen Monogatari, la reconstitution d'un bain public traditionnel de la période d'Edo, mais mis à la sauce Theme Park...

Les bains publics au Japon

Jusqu'à très récemment, les salles de bain privées dans les maisons Japonaises étaient réservées aux classes aisées de la population. Les membres des foyers plus modestes avaient pour habitude de se retrouver le soir au bain public local afin de faire ses ablutions, se détendre, et échanger les nouvelles avec les voisins. Encore aujourd'hui, et même si la plupart des logements contiennent des salles de bains, elles sont souvent trop petites pour accueillir des baignoires de bonne taille et encore beaucoup de gens vont se détendre aux bains publics. Certains de ces bains, les onsen, puisent leur eau dans des sources naturelles alors que la plupart des bains publics en ville sont des sento connectés aux conduites d'eau courante. Même si le nombre de sento a tout de même tendance à décliner dans les villes, le onsen reste une destination de choix pour tout Japonais qui se respecte lorsqu'il part en vacances. En fait, le bain public est une telle institution au Japon que des manga et des longs-métrages entiers leur sont consacrés comme le récent Thermae Romae.

Bande annonce du film "Thermae Romae"

Personnellement, j'ai pris goût à ces bains dès mon premier séjour au Japon car après les entraînements intensifs à l'Aikikai, je n'avais pas forcément le temps de rentrer à l'hôtel et il fallait pourtant tuer le temps entre les lessives de keikogi et les entraînements. Rien de mieux pour délasser les muscles douloureux que ces bains brûlants suivis de plusieurs cycles de saunas et douches froides. Le sento que je fréquentais près du Hombu Dojo faisait en outre office d'expérience culturelle puisque c'était l'un des rares qui acceptait les gens avec des tatouages. Cette restriction vise en général à refuser l'entrée aux Yakuza dont les corps sont le plus souvent couverts de tatouages colorés. Là-bas, j'ai donc pu faire rencontre de très près, et dans le plus simple appareil, avec des membres de la pègre Nippone. Beaucoup avaient des doigts manquants, autre preuve de leur appartenance à la classe criminelle. J'étais un peu intimidé au départ mais si je faisais mine de ne pas m'occuper d'eux, ils ne se souciaient pas de moi non plus. J'ai même eu l'occasion de discuter avec l'un d'entre eux dans mon Japonais rudimentaire alors que nous regardions tous deux les matchs de sumo sur la petite télévision à l'intérieur du sauna.

Le Oedo Onsen Monogatari

Le Oedo Onsen mérite tout à fait son nom puisqu'il puise son eau dans une source située à plus de 1400 mètres sous la baie de Tokyo. Le fait qu'il s'agisse d'un des rares vrais onsen de la région de Tokyo n'est que l'une des spécificités du lieu. Ce qui le rend vraiment unique est le fait qu'en plus d’être l'un des plus grands onsen du Japon, il double aussi en tant que parc d'attractions, restaurant, et espace de détente. 

accueilLe hall d’entrée

Les habitués des bains publics trouveront aisément leurs marques puisqu'on se déchausse à l'entrée et on place ses effets personnels dans un casier. On doit ensuite choisir un yukata aux motifs colorés qu'il faudra porter plus tard, mais d'abord, il faut se rendre dans la partie séparée hommes-femmes qui contient les bains à proprement parler. Nul besoin de porter de l'argent sur soi puisque tous les achats sont enregistrés sur un bracelet électronique que l'on remet à la sortie au moment de payer. La salle principale contient deux bains, mais les visiteurs peuvent aussi se détendre dans un bassin placé à l'extérieur.

Vidéo de ma visite au Oedo Onsen Monogatari dans la baie d'Odaiba

Une fois les ablutions terminées, les hommes et les femmes vêtent leur yukata et se retrouvent dans la partie commune, sorte de reconstitution rococo du Tokyo de l'époque médiévale abritant toutes les aires de divertissement. Plusieurs échoppes permettent d'acheter à manger et à boire, le tout pouvant être apprécié dans de vastes salles de détente couvertes de tatami et pourvus de tables basses et dans lesquels, bien souvent, les visiteurs s'assoupissent pour quelques minutes, voire même quelques heures. Les visiteurs les plus actifs pourront apprécier les animations (comédie, magie, etc.) et les événements proposés dans la partie centrale. Ils pourront aussi profiter des salles de massages ainsi que d'aires de détente extérieures habillées en jardins japonais, avec en particulier des bains de pieds dont l'un contient des "doctor fish", des poissons se nourrissant des petites peaux mortes sur les pieds des baigneurs. 

salle principale

Il est intéressant de noter que contrairement à ce qu'on pourrait croire, la grande majorité des visiteurs se compose en fait de Japonais. Bien que le décor soit assez naïf, si on se laisse emporter par l'enthousiasme général et bon enfant, on passe un très bon moment au sein de ce lieu unique qui représente le Japon d'aujourd’hui tout en faisant mine d’être celui d'hier, et nous permet ainsi de mieux comprendre la façon dont les Japonais conçoivent leur culture et leurs moments de détente.

Image

À-Propos

Site officiel de Guillaume Erard, auteur, instructeur et vidéaste résident permanent au Japon - 5e Dan Aïkido du Hombu Dojo de l'Aïkikai de Tokyo / 5e Dan Kyoshi (professeur) de Daïto-ryu Aïki-jujutsu du Shikoku Hombu Dojo.