Wakimachi, l'ancien centre du commerce de l’indigo du Sud du Japon

La ville de Wakimachi est située dans la préfecture de Tokushima qui occupe la partie est de l'île de Shikoku. Shikoku est la plus petite des quatre îles principales japonaises et elle est reliée à la plus grande, Honshu, par les ponts d'Onaruto et d'Akashi-Kaikyo. Wakimachi fut durant les ères Edo et Meiji une très prospère ville de marchands, de par sa position centrale dans la distribution de l'indigo (aïzome, 藍染め) via la rivière Yoshino. Les pratiquants d'arts martiaux traditionnels japonais connaissent bien l'aïzome puisque c'est la teinture qui est utilisée pour la confection d'articles comme les hakama et certains dogi. Pour les non-pratiquants, une des grandes attractions de la ville est son quartier de Mainakashima qui a su préserver les anciennes résidences des marchands d'aïzome et en particulier, leurs udatsu, deux colonnes construites de chaque côté du premier étage des façades.

C'est le Daimyo Hachisuka qui commença à promouvoir l'indigo après son arrivée à Aïwa (préfecture de Tokushima), ce qui poussa de nombreux riches marchands de Wakimachi à se concentrer sur cette activité. Le résultat fut que la région devint le plus important centre d'échange de l'indigo de l'Aïwa du nord.

Vieilles maisons dans Wakimachi

Wakimachi a de tout temps dû combattre contre les inondations dues à la rivière Yoshino et encore de nos jours, les digues Tsubutegun visant à limiter l'arrivée des crues sont toujours visibles. Sur la Rive-Nord, une rue entière a été préservée et les maisons qui la bordent peuvent être visitées, chacune d'entre elles renfermant un secret de l'époque de l'aïzome. Le château Waki-jo dominait jadis la ville, mais celui-ci a totalement disparu.

Vieilles maisons dans Wakimachi

Minamimachi, la rue des maisons udatsu a été classée au patrimoine des structures traditionnelles. Elle fait officiellement partie des 100 plus belles rues du Japon et elle couvre à peu près 430 mètres. Bordée d'une cinquantaine de maisons arborant les fameuses udatsu, elle permet aux visiteurs un voyage dans le temps allant jusqu'à 200 ans. De nombreuses maisons ont été conservées telles qu'il y a 100 ans et l'été, certaines peuvent être visitées moyennant un droit d'entrée de quelques centaines de Yen. D'autres sont des boutiques dont les propriétaires seront ravis de voir venir les curieux.

Intérieur d'une maison

Les udatsu sont apparus à la fin du Moyen Âge sur les toits de bois des maisons marchandes de Kyoto et Nara. Ils bordent les deux côtés des toitures du premier étage des maisons et ils servaient à protéger les bords des toits. Devant la difficulté à produire ces pièces en bois, les artisans sont passés à la terre séchée, ce qui permit en outre aux udatsu d'aider à empêcher la propagation des feux.

Façades de maisons portant des Udatsu

Ils sont ensuite devenus des œuvres d'art à part entière, les udatsu sont appréciés autant pour leur valeur esthétique que pour leur aspect fonctionnel, et ce, grâce à leurs magnifiques tuiles décorées. La présence d'udatsu est même devenue un signe d'opulence et ceux-ci ont eu tendance à être construits de plus en plus grands. Une célèbre expression en Japonais dit « Les udatsu ne montent pas », ce qui signifie qu'une personne ne va pas très loin dans la vie, en l'occurrence, qu'elle n'a pas les moyens financiers de construire une luxueuse maison pourvue d'udatsu. En dehors de la ville de Wakimachi, les udatsu sont devenus assez rares dans le reste du Japon. Au-dessus des udatsu se trouvent des reposoirs à oiseaux visant à empêcher les oiseaux de nicher sur les gargouilles ornant les toits ou de les salir. Certains de ces reposoirs, dont ceux de la photo ci-dessus, sont décorés de symboles liés à l'eau afin de prévenir les éventuels incendies.

Gargouille au dessus d'un toit

L'indigo utilisé au Japon est extrait d'une plante, Indigofera tinctoria (indigo des teinturiers). Son utilisation était très répandue, en particulier pour la teinture de vêtements en coton. Les propriétés antiseptiques de la teinture, son odeur répulsive pour les insectes, et son action assouplissante ont permis d'ancrer son utilisation au plus profond de la culture japonaise, et ce, en dépit du fait qu'elle est plus chère que les autres teintures synthétiques.

Bassins de teinture indigo


Pour aller plus loin :

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À-Propos

Site officiel de Guillaume Erard, auteur, instructeur et vidéaste résident permanent au Japon - 5e Dan Aïkido du Hombu Dojo de l'Aïkikai de Tokyo / 5e Dan Kyoshi (professeur) de Daïto-ryu Aïki-jujutsu du Shikoku Hombu Dojo.