Entretien avec Okamoto Yoko Shihan : Enseigner l'essence de l'Aïkido

Entretien avec Okamoto Yoko Shihan : Enseigner l'essence de l'Aïkido

J'ai récemment voyagé depuis Tokyo vers l'ancienne capitale impériale de Kyoto afin de tourner un documentaire sur Okamoto Yoko Shihan à son dojo, l'Aïkido de Kyoto. À cause de l'emploi du temps serré de Okamoto Shihan, j'ai seulement pu bénéficier d'une matinée pour tout faire, mais au final, le documentaire a été très bien reçu par le public. En raison du fait que Okamoto Shihan et moi avions décidé de garder le film court et le thème centré sur le dojo, nous avons dû laisser de côté une grande partie des sujets que nous avions abordé ce jour-là. Nous nous sommes donc remis au travail pendant l'été afin de peaufiner le tout et je suis heureux d'être à présent en mesure de présenter la transcription intégrale de notre conversation. Okamoto Sensei y évoque les aspects fondamentaux de sa conception de l'Aïkido ainsi que la façon dont elle estime qu'il devrait être transmis. J'espère que cette longue interview aidera les pratiquants curieux à comprendre son travail et peut-être, de les convaincre de se rendre au Kansai afin d'étudier à l'Aïkido de Kyoto.

Guillaume Erard : Quand et pourquoi avez-vous commencé l'Aïkido ?

Okamoto Yoko : On me pose souvent cette question. J'ai commencé à pratiquer l'Aïkido en avril 1978. Je m'intéressais au Budo et je voulais pratiquer quelque chose du genre Kendo ou Judo, mais un jour, par hasard, un de mes amis qui faisait de l'Aïkido m'a invitée à assister à un cours. Honnêtement, c'est la seule raison pour laquelle je suis arrivée à l'Aïkido.

Guillaume Erard : Quel âge aviez-vous à l'époque ?

Okamoto Yoko : J'avais 22 ans, j'étais étudiante dans un institut de formation professionnelle.

Guillaume Erard : Vous avez passé de longues périodes à l'étranger, quand et pourquoi avez-vous quitté le Japon ?

Okamoto Yoko : J'ai commencé à pratiquer à l'Aïkikaï et je me suis entraînée là pendant environ un an et demi. Après ça, j'ai déménagé en France en 1979 dans le but d'apprendre le français et afin de valider mon diplôme. Je suis restée là-bas jusqu'à 1981.

Guillaume Erard : Vous avez continué à pratiquer l'Aïkido pendant que vous étiez en France, a-t-il été difficile de trouver un Dojo ?

Okamoto Yoko : Je savais que je voulais continuer à pratiquer en France et j'ai donc demandé à mes amis Aïkidoka du Hombu Dojo de m'indiquer où aller pratiquer à Paris. Tout le monde m'a recommandé d'aller m'entraîner avec Christian Tissier Sensei. Je n'ai donc pas eu à chercher un Dojo quand je suis arrivée à Paris.

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Okamoto Yoko en France à l'âge de 23 ans

Guillaume Erard : Avez-vous étudié avec Tamura Sensei pendant que vous étiez en France ?

Okamoto Yoko : Pas à cette époque. Je ne m'entraînais qu'avec Tissier Sensei quand je vivais en France. Évidemment, j'ai ensuite suivi plusieurs cours de Tamura Sensei lors de ses visites au Japon ou aux États-Unis.

Guillaume Erard : Avez-vous trouvé des différences dans l'Aïkido pratiqué en France par rapport à ce que vous aviez l'habitude de faire au Hombu Dojo ?

Okamoto Yoko : Je n'ai pas trouvé que c'était très différent. À l'époque, j'étais encore débutante, ceinture blanche 4e ou 3e Kyu je pense. Pour un débutant, la période entre le 3e et le 1er Kyu est la plus importante. On m'a donné l'opportunité de passer mon examen de Shodan en France, mais Christian Tissier Sensei m'a dit que compte tenu du fait que je m'apprêtais à rentrer au Japon, je devais plutôt passer l'examen là-bas.

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Okamoto Yoko avec Christian Tissier

Guillaume Erard : Pourquoi êtes-vous retournée au Japon ?

Okamoto Yoko : À l'époque, Tissier Sensei encourageait beaucoup ses élèves à aller étudier l'Aïkido au Japon et beaucoup de mes amis français sont donc partis au Japon pour s'entraîner. Du coup, j'ai moi aussi décidé de me consacrer à l'Aïkido et je suis « partie au Japon » avec plusieurs d'entre eux, sans vraiment penser que j'étais « de retour au Japon ». C'est vraiment le moment où j'ai décidé de consacrer ma vie à l'Aïkido. J'étais sensée rester une année supplémentaire en France afin de valider mon programme de fac, mais je suis en fait retournée à Tokyo en septembre 1981 et j'ai repris mon apprentissage au Hombu Dojo.

Guillaume Erard : Comment s'est passé le retour au Hombu Dojo après ce temps passé avec Tissier Sensei, avez-vous pu vous réinsérer facilement ?

Okamoto Yoko : Comme il me l'avait conseillé, j'ai passé mon examen de Shodan au Hombu Dojo. Il n'y avait pas beaucoup de différence entre ce que j'avais fait en France et ce qui se faisait au Hombu Dojo, j'ai juste fait de mon mieux pour suivre les instructions des Sensei.

Guillaume Erard : Vous avez ensuite émigré aux États-Unis, quelle était la raison ?

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À-Propos

Guillaume Erard est titulaire du grade de 6e Dan en Aïkido (Fondation Aikikai - Aikido Hombu Dojo de Tokyo), et du titre de Kyōshi 5e Dan en Daïto-ryu Aiki-jujutsu (Hombu Dojo de Shikoku). Résident permanent au Japon, il dirige un dojo d’Aïkido à Yokohama et anime régulièrement des stages internationaux. Il est docteur en biologie moléculaire et titulaire d’un Master 2 en sciences de l’éducation. Ses recherches portent notamment sur les dimensions pédagogiques et historiques de la transmission des arts martiaux japonais. Il a publié de nombreux articles dans des revues spécialisées en France et au Japon, et a collaboré à la rédaction du dernier ouvrage de Christian Tissier.

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