Entretien avec Kobayashi Kiyohiro, 8ème Dan Daito-ryu Aiki-jujutsu

Entretien avec Kobayashi Kiyohiro, 8ème Dan Daito-ryu Aiki-jujutsu

Kobayashi Kiyohiro est un professeur 8ème dan de Daito-ryu Aiki-jujutsu. Il fut un élève proche de Hisa Takuma et il est le manager du Takumakai, l'organisation créée par les étudiants de Hisa afin de poursuivre son enseignement. Ma dernière interview avec lui remonte à 2011 et elle portait spécifiquement sur le groupe qu'il dirige à Tokyo. En conséquence, une discussion plus approfondie sur son expérience substantielle de l'Aikido et du Daito-ryu était nécessaire.

Guillaume Erard : Comment avez-vous commencé votre pratique du budo ?

Kobayashi Kiyohiro : Avant de commencer le budo, j'avais déjà fait de l'athlétisme quand j'étais à l'école secondaire. Je suis rapidement devenu assez bon. À l'âge de 12 ans environ, je suivais des cours d'été avec Nakamura Tempu Nakamura Tempu (中村 天風, 1876 - 1968) était un maître d'arts martiaux japonais qui a contribué à introduire la pratique du yoga au Japon., qui se déroulaient à Osaka pendant 14 jours. En 1961, Hisa Takuma Sensei a fait une démonstration à la fin du stage. En fait, il ne l'a pas faite lui-même, mais il a demandé à des gens, dont des judoka et des jeunes filles de monter sur le tatami et il leur a enseigné des choses comme nikajo shuto zume. Je pensais que si les jeunes filles arrivaient à le faire fonctionner, je devrais pouvoir le faire aussi malgré ma petite taille. Cela dit, je n’ai pas participé à l’exercice ce jour-là, mais j’avais envie de le faire. J’ai donc rejoint le club de Hisa, qui s’appelait le Kansai Aikido ClubLe Kansai Aikido Club (関西合気道クラブ) a été créé par Hisa Takuma à Osaka en 1959. Il y enseignait le Daito-ryu Aiki-jujutsu. .

Kobayashi Kiyohiro (rangée du fond, deuxième à partir de la droite) avec Nakamura Tempu lors d'une retraite d'été du Tempukai.Hisa Sensei avait ouvert son dojo en 1959. Il y eut une longue période entre le moment où il a reçu le menkyo kaidenMenkyo kaiden (免許皆伝) : certificat de transmission complète que Hisa a reçu de Takeda Sokaku en 1939. et la fin de la guerre. Cela dit, je pense qu’il a souvent été invité à enseigner lors de nombreux événements ici et là. C'est comme ça que tout a commencé, mais Hisa n'avait jamais vraiment cessé d'enseigner.

sokaku-hisa-menkyoPhoto formelle de Takeda Sokaku et Hisa Takuma (1939). Ce dernier montre son diplôme de kaiden no koto.

La première chose qu'on pouvait voir en entrant était un panneau indiquant : « Daito-ryu Aikido ». La pancarte disait : « Club d'Aikido » En réalité, il aurait peut-être dû être écrit : « Daito-ryu Aiki-jujutsu » mais le grand public n'aurait pas compris, alors il a écrit « Kansai Aikido Club ».

Une semaine ou deux avant mon arrivée en octobre 1961, Hisa a été victime d'un accident vasculaire cérébral. J'ai visité sa maison pour le voir, mais il était hémiplégique. Après un certain temps, il est retourné au dojo, bien qu'il marchait avec une canne. J'étais jeune et j'ai donc pris l'essentiel de l'ukemi pour lui, ce qui m'a permis de comprendre approximativement les techniques qu'il enseignait via une expérience directe. C'est comme ça que j'ai appris. La plupart de ses techniques étaient celles de Ueshiba Sensei. C'est pourquoi, malgré le nom de Daito-ryu, l'influence de son enseignement était énorme.

Guillaume Erard : Si Hisa Sensei enseignait le Daito-ryu, pourriez-vous nous expliquer un peu plus en détails pourquoi il a appelé son dojo « Club d'Aikido » au lieu de « Club de Daito-ryu » ?

Kobayashi Kiyohiro : C’est l’influence de Ueshiba Sensei. S'il avait dit « Aiki-jujutsu », il n'y aurait probablement eu personne qui aurait adhéré. Tu ne le sais probablement pas mais la compagnie Osaka Gas était située en face du dojo. C'était un emplacement de premier ordre. C'était juste là, donc les cols blancs pouvaient voir l'enseigne et ils venaient pour regarder le cours car elle était située dans le même bâtiment que de nombreuses entreprises différentes telles que la Saitama Bank.

Guillaume Erard : Est-ce parce que le jujutsu avait une réputation sévère ou démodée ?

Kobayashi Kiyohiro : Oui, alors j'imagine que c'est pour cela que c'est devenu « Aikido ». En fait, je n'ai jamais vraiment demandé de confirmation, mais c'est ce que je pense.

Guillaume Erard : Hisa Sensei a reçu le 8e dan des mains de Ueshiba Sensei, ce qui suggère qu'il a gardé des liens avec l'Aikido et avec son ancien professeur bien après le départ de Morihei d'OsakaUeshiba a quitté Osaka en 1936 peu après l’arrivée de Takeda Sokaku....

Kobayashi Kiyohiro : Hmm, c'est en 1956 que Hisa Sensei est allé à Tokyo. Je te donnerai des documents de référence la prochaine fois. J'ai un document que j'ai écrit sur la base de mes recherches. Je crois que c'était en 1956. Lorsqu'il est allé à Tokyo, il a reçu un grade dan. Il a dit qu'il avait obtenu un 8e dan de manière inattendue, sans jamais avoir obtenu les grades inférieurs, que ce soit kyu ou du danO Sensei a probablement commencé à utiliser le système de grades dan vers 1940.. Ce certificat a été suspendu au dojo.

hisa-8danHisa Takuma au Kansai Aikido Club (son 8e dan, d'Aikido est à sa gauche, il est signé par Ueshiba Morihei du 23 mai 1956)

Guillaume Erard : Pourriez-vous nous parler du club universitaire que vous avez fondé ?

Kobayashi Kiyohiro : J'ai fondé un club de Daito-ryu Aiki-jujutsu alors que j'étais étudiant à l'Université Momoyama GakuinMomoyama Gakuin Daigaku (桃山学院大学), également appelée St Andrew's University, est une université japonaise privée fondée en 1959 dont le campus est situé à Izumi, dans la préfecture d’Osaka..

Guillaume Erard : Le club était distinct du Kansai Aikido Club...

Kobayashi Kiyohiro : Oui, oui, c’était séparé. J'ai créé le club afin de pratiquer le Daito-ryu, mais il n'y avait rien de tel dans d'autres universités. Je ne me sentais pas confiant de le faire moi-même, mais Hisa Sensei n'avait pas de successeur. S'agissant de savoir qui devrait être l'instructeur, cela aurait été mieux si Hisa l'avait fait, mais une fois qu'il serait parti, cela n'aurait pas fonctionné. De plus, il ne pouvait pas venir à Izumi de toute façon parce qu'il avait du mal à marcher avec sa canne. Ainsi, au lieu de faire partie du Kansai Aikido Club, notre club a été intégré à la Fédération Etudiante d’Aïkido du Kansai. De nos jours, il en existe d’autres, comme la Fédération Etudiante d’Aïkido du Kanto, et la Fédération Etudiante Nationale d’Aïkido. Quand j'ai appris cela, j'ai réalisé que nous devions nous affilier avec eux.

Guillaume Erard : C'est à ce moment-là que Kobayashi Hirokazu a été nommé responsable par Ueshiba Kisshomaru Doshu, n'est-ce pas ?

Kobayashi Kiyohiro : C'est à cette époque que j'ai rencontré Kobayashi Hirokazu Sensei. Un étudiant de l'Université Kwansei GakuinKansei Gakuin Daigaku (西学院大学) est une université japonaise privée fondée en 1932 et située à Nishinomiya, dans la préfecture de Hyogo. me l'a présenté.

Le groupe d'Aikido de Momoyama Gakuin. Kobayashi Hirokazu est au centre et Kobayashi Kiyohiro est assis en tailleur à sa gauche.

Guillaume Erard : À partir de ce moment-là, vous n'avez pratiqué que l'Aikido au club universitaire…

Kobayashi Kiyohiro : À partir de ce moment-là, j'ai pratiqué l'Aikido et le Daito-ryu. Pendant mes années de collège, j'ai pratiqué l'Aikido à l'université pendant la journée, parce que Kobayashi Sensei venait enseigner, et au déjeuner, ainsi que le soir, je m'entraînais au Daito-ryu au Kansai Aikido Club. Donc ma technique est assez originale. Il n'y avait pas de chef à ce moment-là.

Guillaume Erard : Quel âge aviez-vous à ce moment-là ?

Kobayashi Kiyohiro : J'avais environ 20 ans. Kobayashi Sensei m'a dit que vu que je pratiquais très sérieusement, je devrais songer à devenir professionnel et enseigner le Daito-ryu, et qu'il me soutiendrait. Mais qui sait si j'aurais pu vivre décemment avec ça ? Ce n'était vraiment pas possible.

Plus tard, en 1974, le Centre culturel Asahi a été créé à Senri Kaikan. Ils l'ont construit à l'endroit où se trouvait l'ancien journal Asahi, alors je suppose que c'est pour cela qu'ils ont décidé de le construire dans le but de pratiquer le budo. Quelqu'un là-bas appelé Yamada Saburo qui était un ancien élève de Hisa Sensei m'a demandé si je voulais enseigner. C'était une mission importante mais j'ai décidé d'accepter l'offre et d'enseigner. Lentement nous l'avons institutionnalisé. Ensuite, les étudiants ont commencé à créer leurs propres branches.

Guillaume Erard : Revenons un instant à Kobayashi Hirokazu Sensei. Certains de ses élèves français ont écrit à plusieurs occasions que ce dernier était un professeur de Daito-ryu. Kobayashi Hirokazu a-t-il appris le Daito-ryu Aiki-jujutsu de Hisa Sensei ?

Kobayashi Kiyohiro : Il a un peu appris, mais c’était pour une courte période de temps. Il est devenu un deshi au Hombu Dojo de l'Aikikai après la guerre et il n'est revenu à Osaka qu'après. En fait, il y avait déjà une succursale à Osaka dirigée par Tanaka Bansen, et à partir de cela, il y en eut deux. Dans le passé, il n'y aurait eu qu'une branche par préfecture. Ueshiba Sensei a commencé à rendre visite à M. Kobayashi au lieu de M. Tanaka, une fois tous les deux mois environ, et il en profitait généralement pour faire un stage et une démonstration. Lors de ces occasions, nous combinions les effectifs des étudiants et des cours adultes au gymnase de la gare de Fukushima.

Kobayashi Kiyohiro (à gauche) et Kobayashi Hirokazu (à droite) devant le panneau du club d'Aikido de l'Université Momoyama Gakuin

Guillaume Erard : Vous-même, vous avez étudié avec Ueshiba Morihei pendant un temps n'est-ce pas ?

Kobayashi Kiyohiro : Hisa Sensei m'a écrit une lettre de référence en 1965 pour que j'aille m'entraîner avec Ueshiba Sensei.

Guillaume Erard : Était-ce à Tokyo ?

Kobayashi Kiyohiro : Oui, c'était au vieux Hombu Dojo de Tokyo. Je crois que les cours d'O Sensei avaient lieu le lundi. Tous les uchi deshi se rassemblaient là et la pratique était intense. Les autres jours, les cours étaient dirigés par le Dojo-cho Kisshomaru Sensei. Attends... il n'y avait pas de Dojo-cho à l'époque...

Guillaume Erard : N'était-ce pas Osawa Sensei ?

Kobayashi Kiyohiro : Non, en fait, c'était Tohei Sensei. Tohei Sensei venait enseigner au deuxième cours du matin.

Guillaume Erard : Celui de huit heures du matin...

Kobayashi Kiyohiro : Fujita Sensei faisait également certains des deuxièmes cours du lundi matin. Tohei Sensei enseignait les autres jours. Ils avaient une sorte de rotation. Après les deux cours du matin, je revenais me reposer brièvement et vers 15 ou 16 heures, je me rendais au YoshinkanLe Yoshinkan (養神館) est une école d’Aikido fondée par Shioda Gozo en 1955 avec l'autorisation de Ueshiba Morihei.. Après cela, je retournais au Hombu Dojo pour m'entraîner le soir. J'ai suivi cette routine pendant environ un mois.

Guillaume Erard : Le quartier général du Yoshinkan était à Iidabashi, n'est-ce pas ?

Kobayashi Kiyohiro : Oui, c'était à Iidabashi, c'était l'ancien dojo.

Guillaume Erard : Comment les techniques que vous avez apprises au Hombu Dojo se comparent-elles à celles du Daito-ryu ?

Kobayashi Kiyohiro : Les sensei du Hombu Dojo avaient des styles différents. Les techniques courantes de nos jours étaient également courantes à l’époque. Assez peu a changé : ikkyo, nikyo, sankyo, yonkyo, shiho nage, irimi nage… sur des frappes et des saisies. Il n’existait pas de hanza handachiKobayashi Sensei utilise le terme hanza handachi (半座半立) du Daito-ryu qu'on appellerait hanmi handachi waza (半身半立技) en Aikido, les techniques où tori est assis et uke est debout. au Hombu Dojo. En fait, il y avait ushiro ryote dori, mais à part cela, il n'y en avait pas beaucoup.

Guillaume Erard : Connaissiez-vous Arikawa Sadateru Sensei ?

Kobayashi Kiyohiro : Pas très bien, mais Arikawa Sensei était un grand fan du TakumakaiLe Takumakai (琢磨会) est une association d'arts martiaux fondée en 1975 par les étudiants de Hisa Takuma et de Nakatsu Heizaburo, qui ont tous deux étudié le Daito-ryu Aiki-jujutsu sous Ueshiba Morihei et Takeda Sokaku.. Chaque fois qu'il y avait une démonstration, il venait pour regarder. Apparemment, un certain Kobayashi, élève de Takeda Tokimune Sensei de Kobe, était en contact avec lui. Personnellement, je n’ai pas eu beaucoup de contacts avec lui. Arikawa Sensei était passionné par l'Aiki.

Guillaume Erard : Quand je regarde les démonstrations d'Arikawa Sensei, cela me rappelle souvent le Daito-ryu.

Arikawa Sadateru, 8e Dan d'Aikido

Kobayashi Kiyohiro : Je ne peux pas dire s'il s'agissait d'une influence. Makita SenseiMakita Kan'ichi (蒔田 完一) était un élève avancé de Nakatsu Heizaburo qui fut particulièrement impliqué dans la fondation du Takumakai. a rédigé un document faisant la liste des 118 premières techniques de Daito-ryu. C'était donné comme référence. Il y avait aussi un livre manuscrit publié par Ueshiba Sensei.

Guillaume Erard : Oui, c'est le livre intitulé « Budo Renshu » [cliquez ici pour en savoir plus sur la signification du livre Budo Renshu].

Kobayashi Kiyohiro : Oui, le livre épais, j'en ai reçu un exemplaire.

Guillaume Erard : Celui sans les photos...

Kobayashi Kiyohiro : C'est vrai, sans photo. J'en prend bien soin car il n'y a probablement plus rien de ce genre maintenant. Il y a aussi des histoires qui circulent au sujet d'images et de films pris au Journal Asahi. Ils montraient les techniques enseignées par Ueshiba Sensei. Stanley Pranin a retrouvé un film tourné au journal Osaka Asahi et a organisé une projection. Lors de la projection, Takeda Tokimune Sensei s'est exclamé : « Ah ! Mais c'est du Daito-ryu, n'est-ce pas ? »

Ueshiba Morihei démontrant le Daito-ryu Aiki-jujutsu au journal Asahi en 1935

Je ne sais pas quelle est la différence entre les deux [Takeda et Ueshiba]. Ueshiba Sensei a appris de nombreuses techniques de Takeda Sensei, mais il les a modifiées et unifiées pour faciliter les mouvements. Bien sûr, l'origine est le Daito-ryu, et cela a dû avoir une grande influence. Beaucoup d'enseignants ont des antécédents différents, comme le Yagyu shinkage-ryu et le Kito-ryu, par exemple, il est donc très difficile de dire quelles techniques proviennent de quelle école. Cela peut également être connecté au sabre du Ono-ha Itto-ryu. Le Daito-ryu met beaucoup l'accent sur le sabre du Ono-ha pendant l'entraînement.

Guillaume Erard : Tant que nous sommes sur le sujet des armes, les gens se demandent souvent d'où viennent les armes de l'Aikido.

Kobayashi Kiyohiro : Le sabre de l'Aikido est le sabre de Ueshiba Sensei, n'est-ce pas ? Ueshiba Sensei n'a pas étudié l'Ono-ha Itto-ryu, n'est-ce pas ? Nous parlons bien ici du sabre d'Ueshiba Sensei, d'où il provient. Il ne semble pas qu'il ait été beaucoup influencé par l'Ono-ha. Par exemple, son bokken était minceLe bokken typique utilisé en Ono-ha Itto-ryu est plus court, mais plus lourd qu'un bokken classique.

Guillaume Erard : Oui, ceux qu'il utilisait ressemblaient à ceux du Shinkage-ryuA l'inverse de ceux du Ono-ha Itto-ryu, les bokken habituellement utilisés en Yagyu Shinkage-ryu sont plutôt fins et légers...

Kobayashi Kiyohiro : Oui, c'était un peu différent. On dit que le jujutsu vient du sabre. Donc, quand on était désarmé, on l'utilisait pour éviter d'être immobilisé. Je ne suis pas sûr à quel point le jujutsu est vraiment ancien, mais certaines histoires disent que Shinra SaburoShinra Saburo (新羅 三郎), également connu sous le nom de Minamoto no Yoshimitsu (源 義光, 1045 - 1127) serait le fondateur du Daito-ryu. En réalité, il semble plus probable que tout ait commencé à l'époque SengokuSengoku jidai (戦国時代), littéralement ère des provinces en guerre (c. 1467 - c. 1600).. La lutte pour la survie lors de combats avec la lance longue, l'épée courte ou même sans arme pour obtenir la tête de l'adversaire. A partir du règne de  Tokugawa IeyasuTokugawa Ieyasu (徳川家康, 1543 - 1616) fut le premier shogun à unifier et pacifier le Japon sous son règne., les batailles cessèrent et les sabres furent confisqués, ne permettant de porter que des épées courtes. Cela peut avoir conduit au développement du jujutsu.

Le hakama n'était pas utilisé à l'époque et la tradition du port du hakama est dû à la fierté de Takeda Sensei d'être un bushiBushi (武士), un guerrier.. En portant un hakama et un haori pendant l'entraînement, il soulignait le fait qu'il était un bushi et non un roturier.

Takeda Sokaku en vêtements de cérémonie, portant notamment un gilet haori et un hakama

Guillaume Erard : À propos de l'Ono-ha Itto-ryu, contrairement à Hokkaido, le Takumakai ne le pratique pas, pourquoi ?

Kobayashi Kiyohiro : Je ne sais pas pourquoi Hisa Sensei ne l'a pas appris.

Guillaume Erard : Mais il a reçu le menkyo kaiden...

Kobayashi Kiyohiro : Il a reçu le menkyo kaiden en jujutsu. Il l'a reçu en « Daito-ryu Aiki-jujutsu », pas en « Daito-ryu Aiki-do ». Il n'y avait aucun lien avec la pratique du sabre, il ne l'a pas appris du Ono-haDans une interview qu'il a accordée en 1979 à Stanley Pranin, Hisa dit en fait qu'il a bien appris le sabre de l'Aiki, mais pas de Ueshiba, ni de Takeda..

Guillaume Erard : Est-ce la raison pour laquelle, à Hokkaido, ils réfèrent à leur technique en tant qu'« Daito-ryu Aiki-budo ?

Kobayashi Kiyohiro : C'est un peu compliqué. Takeda Tokimune a uni le jujutsu et l'Ono-ha et a appelé cela : « Daito-ryu Aiki-budo ». Ainsi, lors de leurs entraînements, ils ont pris le nom de « Daito-ryu Aiki-budo ». Cependant, lors des démonstrations, ils ne faisaient que du Daito-ryu Aiki-jujutsu, pas de sabre. La raison est qu'il y avait des professeurs d'Ono-ha présents dans l'assemblée, ils ne voulaient donc pas leur manquer de respect. On m'a dit que Sokaku avait l'habitude de dire souvent : « Lancez le sabre, lancez le sabre ».

Takeda Tokimune

À cette époque, je n'avais personne pour m'apprendre le sabre à Osaka. Maintenant, cependant, il y a des enseignants qui sont allés à Hokkaido et qui ont rapporté cette connaissance pour que l'Ono-ha soit établi ici. Okabayashi Sensei a fait cela. Je suppose que tu es au courant. Okabayashi Ryoichi Sensei l'a fait, même si c'est au sein de son propre groupe, le Hakuhokai. Il a fait du Ono-ha lorsqu'il a pratiqué pendant un an sous la tutelle du Soke Takeda Tokimune. Il ne travaillait pas à ce moment-là, il a donc déménagé dans l'appartement d'un des membres de sa famille. Pendant qu'il était là-bas, il a pratiqué l'Ono-ha, l'a rapporté à Osaka et a voulu le diffuser. Le nombre d'enseignants pratiquant l'Ono-ha a donc augmenté. Au Hakuhokai, ils pratiquent encore l'Ono-ha. En ce qui me concerne, je ne le connais pas bien. Je ne peux en faire qu'une partie parce que ça ressemble au kata du Kendo.

Guillaume Erard : Comme vous l'avez mentionné, je lis souvent que l'Aiki-jujutsu vient du sabre et pourtant, Hisa Takuma n'a pas étudié le sabre. Comment est-ce possible ?

Kobayashi Kiyohiro : Je ne fais pas de kenjutsu, donc je ne sais pas, mais en ce qui concerne l'Aiki-jujutsu, je pense que cela vient de Sokaku. Sokaku l'a probablement inventé à partir du kenjutsu et de sa formation au bouddhisme ésotérique Shingon. Il y avait quelqu'un d'Aizu, enfin pas tout à fait Aizu, mais dans la région d'Aizu, et apparemment, Sokaku a appris de lui. Je me demande toujours comment il a réussi à tout apprendre, les 118 techniques, le goshin'yo no te, etc. et quand il a eu le temps d'apprendre tout cela. Quand on lit des livres sur Takeda, jusqu'à ce moment-là, ils ne mentionnent que le Kendo. Il semble qu'il ait appris de Sakakibara KenkichiSakakibara Kenkichi (榊原 鍵吉, 1830 - 1894) était le 14e Soke de Jikishinkage-ryu et l'un des créateurs du Kendo moderne.. Il a appris le Kendo quand il avait 15 ou 16 ans mais tout à coup, à partir de 1899Sokaku aurait eu 40 ans à ce moment-là. Cette année correspond au plus ancien certificat de hidden mokuroku décerné par Sokaku que l'on ait pu retrouver., il a commencé à enseigner le jujutsu. Je me demande depuis quand il s'entraînait et quand il est passé au jujutsu, et ce qu'il s'est passé pendant cette période de transition.

Guillaume Erard : Vous parliez de Takeda Tokimune. Vous avez appris avec lui également...

Kobayashi Kiyohiro et ses camarades devant le Daito-kan à Abashiri (1968)

Kobayashi Kiyohiro : Je suis allé à Abashiri pour m'entraîner avec Takeda Tokimune Sensei dans le cadre d'un camp d'entraînementKobayashi Kiyohiro a effectué au moins deux séjours à Hokkaido sous la direction de Takeda Tokimune..

Guillaume Erard : C'était vers 1968, non ? J'ai trouvé votre nom dans l'eimeirokuUn eimeiroku (名録) est un registre contenant les noms de chaque élève ayant participé à un cours avec Sokaku ou Tokimune, ainsi que la date et le lieu de l'entrainement. de la famille Takeda .

Kobayashi Kiyohiro : Oh, une telle chose existe quelque part ?

Guillaume Erard : Oui, dans l'eimeiroku de la famille Takeda.

Kobayashi Kiyohiro : L'ont-ils écrit ? Je ne savais pasFait intéressant, le sceau de Kobayashi Sensei (qui est utilisé au Japon au lieu d'une signature) n'est pas tamponné après son nom ; il est donc probable qu'il n'ait jamais vu le registre.. Tu possèdes une copie cet eimeiroku d'Hokkaido ?

Extrait du eimeiroku des Takeda montrant le nom de Kobayashi Kiyohiro. Il y est précisé que l'entrainement a eu lieu au Daito-kan en 1968.

Guillaume Erard : Oui, je vous ferai une copie de la page avec votre nom. Avez-vous déjà vu cette citation auparavant ?

Le but du Daito-ryu est de répandre « l'harmonie et l'amour ». Garder cela à cœur aide à maintenir et à réaliser la justice sociale. C’est le désir de Takeda Sokaku. Takeda Tokimune - Discours rapporté par Ishibashi Yoshihisa dans Le Premier ministre (p. 51)

Kobayashi Kiyohiro : Tokimune Sensei avait l'habitude de le dire souvent. C'était écrit dans sa brochure.

Guillaume Erard : Est-ce que Hisa parlait en ces termes ?

Kobayashi Kiyohiro : Non, il ne parlait pas beaucoup de choses telles que « budo de paix » ou « budo d'harmonie ». Ueshiba Sensei est celui qui a le plus parlé d'éthique, mais Tokimune Sensei l'a également fait.

Guillaume Erard : À propos de ningen keisei no michiNingen keisei no michi (人間形成の道) : Lit. Le chemin du perfectionnement de l'humain....

Kobayashi Kiyohiro : Oui, oui. C’était écrit et accroché au mur de son dojo.

Guillaume Erard : Mais ce n’était pas dans le dojo de Hisa ?

Kobayashi Kiyohiro : Je ne me souviens pas très bien. Connais-tu le livre « Kannagara no Budo » ? Cela aurait pu être écrit sur la première page. Si ce n'est pas sur la première page, alors tu ne le trouveras probablement nulle part ailleursJ'ai vérifié après notre conversation, et en effet, cela n'est écrit nulle part dans le livre. Hisa ne le mentionne pas non plus dans ses interviews et ses articles que j'ai pu lire..

« Kannagara no Budo, Daito-ryu Aiki Budo Hiden » par Hisa Takuma (1940)

Guillaume Erard : Vous avez dit que c'est Tokimune qui avait eu l’idée d’utiliser le terme « Aiki-budo ». Le terme devait exister bien avant puisqu'il apparaît également dans le SodenLe Soden (総伝) est un recueil photographique répertoriant les techniques enseignées par Ueshiba Morihei, puis Takeda Sokaku, au journal Asahi entre 1933 et 1939. Pour en savoir plus sur le Soden, vous pouvez lire mon article sur le sujet, en particulier sur les images de collégiennes en démonstration. Je crois que seuls les budo enregistrés au Dai Nippon Butokukai, pas au Kobudo Kyokai, pouvaient être enseignés dans les écoles, n'est-ce pas ?

Kobayashi Kiyohiro : Je pense que cette compilation d'images a été réalisée en 1939 ou 1940. Les techniques d'autodéfense pour les femmes et les techniques d'arrestation pour les policiers constituaient les 7e et 8e volumesEn réalité, elles apparaissent sous la forme des volumes 11 et 10, respectivement.. Cela se passait avant la guerre et par conséquent, l'enthousiasme pour les arts martiaux était à son comble. Ils n’étaient pas supposés etre enseignés pour faire la guerre, mais certaines personnes pensaient le contraire.

La personne que l'on voit pratiquer les techniques pour femmes est une enseignante de Naginata appelée Tokunaga. Cette personne est décédée, mais c'est grâce à elle que le Naginata actuel existeIl s'agit de Tokunaga Chiyoko (徳永 千代子), qui a été directement impliquée dans les négociations avec le ministère japonais de l'Éducation en vue du rétablissement du Naginata dans les écoles dans les années 1950. Le ministère se méfiait toujours des connotations militaristes associées aux kanji « 薙刀 », d'autant plus que ceux-ci comportent le même caractère que ce celui de « katana (刀) ». . Cela a été fait à cette époque.

soden-vol-11Extrait du chapitre 11 présentant des techniques spécialement destinées aux femmes (tori : Tokunaga Chiyoko; uke : Yoshimura Yoshiteru)

Guillaume Erard : Sur cette série de photos, il est écrit « Aiki-budo » dans la légende à côté des images.

Kobayashi Kiyohiro : Je ne me souviens pas du nom pour le moment, à moins que je ne le vérifie dans le livre. Je ne sais plus comment c’était intitulé, je pense que c'était « Aiki-jujutsu » et non « Aikido », mais je n'en suis pas certain.

soden-vol-11bCollégiennes pratiquant à Osaka (vers 1940). La légende dit « Aiki-budo » .

Guillaume Erard : Hisa Sensei utilisait-il le Soden pendant ses cours ?

Kobayashi Kiyohiro : De temps en temps, Hisa Sensei déconstruisait les techniques et les expliquait pas à pas, mais il avait des difficultés à bouger ses jambes. Donc pendant deux ans, nous avons utilisé le livre Soden dans le dojo.

Guillaume Erard : Comment était son style d'enseignement ?

Kobayashi Kiyohiro : À cette époque, il enseignait en parlant de « fais ceci, fais cela ». Mais il n'enseignait que par le katageiko, les formes et les poses. Mori SenseiMori Hakaru (森 恕), le directeur actuel du Takumakai. fait de même. Maintenant que j'y repense, il me semble que Hisa Sensei avait oublié comment mettre l'Aiki en action contre un adversaire résistant. Bien sûr, à ce moment-là, j'étais trop concentré sur le fait de me rappeler les techniques, je n'avais donc pas le temps de me soucier de telles choses. Mais maintenant que j'y repense, oui.

Makita Shin'ichi exécutant une technique sur Kobayashi Kiyohiro sous la direction de Hisa Takuma (mai 1973). On peut voir Chiba Tsugutaka dans le fond aux côtés de Mori Hakaru.

Guillaume Erard : Hisa Sensei a finalement cessé d'enseigner à Osaka, quelle en était la raison ?

Kobayashi Kiyohiro : Oh oui Hisa Sensei a pris sa retraite et a déménagé à Tokyo. Il a fermé le dojo en 1968. Auparavant, en 1964 ou en 1965, son épouse est décédée. Sensei et sa femme avaient une différence d'âge assez importante, plus de 12 ans. Il vivait dans la maison de sa femme et après son décès, je suppose qu'il était mal à l'aise de rester là-bas, alors il a laissé la maison à sa fille. Il passait ses nuits au dojo.

Guillaume Erard : À un moment donné, le Takumakai a commencé à enseigner sur la base du hidden mokurokuHiden mokuroku (秘伝目録), lit. « Le parchemin secret » est une liste de 118 techniques établie par Takeda Tokimune qu'un pratiquant de Daito-ryu Aiki-jujutsu apprend à maîtriser du 1er au 5e dan. de Tokimune Sensei. Quelle est son origine et pour quelle raison l'avez-vous adopté ?

Kobayashi Kiyohiro : À propos du mokuroku, pour te dire la vérité, M. Tsuruyama a écrit des mensongesTsuruyama Kozui (鶴山 晃瑞著) affirmait avoir reçu le menkyo kaiden de Hisa Takuma, mais cela a été démenti par Hisa.. Il a écrit un livre sur l'Aikido intitulé « Jujutsu et Aikido ». C'est un petit livre publié par Sports Journal. Hisa Sensei m'a dit que tout ce qui était écrit dans ce livre était un mensonge, par exemple des choses comme le fait qu'il connaissait les « Trois grandes techniques » Le sandaigiho (三大技法) est un ensemble de trois niveaux techniques prétendument basés sur les enseignements de Hisa. Cela inclut le daito-ryu ju-jutsu (大東流柔術) le daito-ryu aiki-jujutsu (大東流合気柔術) le daito-ryu aiki-no-jutsu (大東流合気之術). À propos de Tsuruyama, Takeda Tokimune a déclaré ce qui suit dans Aiki News #88 : « Au début, il s'entraînait au dojo d'Ueshiba, mais il est venu à Abashiri et y est resté un court moment. J'ai même une photo de lui. Il m'a envoyé une copie de son livre quand il l'a publié, mais il l'avait écrit comme s'il avait créé les techniques lui-même. Nous n'avions pas de relation particulière avec lui. Je lui ai enseigné certaines des techniques de base comme ikkajo. Il dit dans son livre qu'il a appris de Hisa Takuma, qui était un élève de Takeda Sokaku, puis il a créé ou hérité Nihonden Aikijujutsu. Tout cela était dans le but de gagner de l'argent. C'est une mauvaise chose quand les artistes martiaux commencent à mentir. De nombreux grands maîtres ont tendance à apparaître de nulle part [rires]. ». Ce type de personnes doit toujours inventer des histoires, autrement ils ne pourraient pas gagner de l'argent dessus.

« Zukai Coach Aikido » de Tsuruyama Kozui, publié en 1971

La fille de Hisa Sensei qui habitait à Tokyo m'a dit qu'il avait bel et bien quelque chose comme ça. Personnellement, je connaissais les 118 techniques du kata.

Hisa travaillait sur l'édition du Soden et cela s'est avéré être une chose très précieuse. Il a emporté les photos prises au Journal Asahi avec lui à Kochi pendant l'évacuationÀ la fin de la Seconde Guerre mondiale, les bombardements américains ont forcé les gens à évacuer de Honshu vers Shikoku, et Hisa en faisait partie.. Malheureusement, à cause des restricitons sur les baggages, il n'a pas pu tout prendre et le reste de ses biens ont été incendiés par la suite lors d’un raid aérien sur Osaka, dont son menkyo kaidenIl est probable que la liste exhaustive des techniques de Daito-ryu Aiki-jujutsu ait été écrite dans le menkyo kaiden que Hisa a reçu de Takeda en 1939.. Les photos n’ont pas été détruites, donc la preuve de cette connaissance est restée sous forme de photographies. Cependant, le rouleau lui-même n'existe plus et je ne l'ai jamais vu. Je ne sais pas qui en a fait une copie, peut-être Nakatsu Heizaburo, car Chiba Tsugutaka Sensei a obtenu quelque chose de ce genre de la part de Nakatsu Sensei, n'est-ce pas.

Chiba Tsugutaka expliquant le contenu des rouleaux que lui a remis Nakatsu Heizaburo.

Guillaume Erard : Oui, c'est exact.

Kobayashi Kiyohiro : Donc, en effet, je présume que Nakatsu Heizaburo Sensei a transcrit une copie. Il n'était pas qualifié pour l'avoir, n'est-ce pas ? Il n'a reçu que le kyoju dairiKyoju dairi (教授代理), le même titre de représentant-instructeur que Ueshiba Morihei avait reçu en 1922, et qui est un niveau inférieur à celui de menkyo kaiden., c'était autour de 1937. Les personnes qui ont obtenu le kyoju dairi étaient M. Yoshimura, M. Tonedate, M. Kawazoe, et Nakatsu Heizaburo. Cinq ou six personnes du groupe ont été promues au kyoju dairiEn fait, selon l'eimeiroku de Takeda, les pratiquants d'Osaka ayant étét promus kyoju dairi en 1936 sont Hisa Takuma, Yoshimura Yoshiteru et Yokoyama Eijiro, puis en 1937, Nakatsu Heizaburo, Akune Masayoshi, Kawazoe Kuniyoshi, Takahashi Jun’ichi, Tonedate Masao et Harada Bunsaburo..

Les élèves du Journal Asahi avec leurs certificats autour de Takeda Sokaku. Hisa est assis à la droite de Sokaku et Nakatsu est au fond avec les yeux fermés (c. 1937).

Guillaume Erard : A Shikoku, nous avons le diplôme de hiden ogi no koto de Nakatsu Sensei Hiden ogi no koto (秘傳奥儀之事) , lit. Le parchemin de transmission des mystères intérieurs est le troisième niveau de technique du cursus Daito-ryu Aiki-jujutsu. mais nous n’avons aucun parchemin. Savez-vous s'ils ont reçu des parchemins avec leurs certificats ?

nakatsu-heizaburo-kyoju-dairi-1Le certificat de hiden ogi no koto de Nakatsu Heizaburo datant d'octobre 1936.

Kobayashi Kiyohiro : À cette époque, le parchemin concernait le daiichi jyo. Les kajo étaient répertoriés de droite à gauche.

Début du plus ancien makimono de hiden mokuroku connu décerné par Takeda Sokaku (1899) listant 53 techniques.

Guillaume Erard : Chiba Sensei m'a dit que l'usage était qu'ils écrivaient eux-mêmes leurs propres rouleaux...

Kobayashi Kiyohiro : Je ne sais pas qui les a écrits. Selon des rumeurs, un calligraphe l'a écrit, une connaissance de Hisa Sensei du journal AsahiSelon Takeda Tokimune, le calligraphe ayant écrit le menkyo kaiden de Hisa était Ooiso Sesshu (大磯雪舟)..

Guillaume Erard : Chiba Sensei m'a également dit que même au dojo de Takeda Tokimune à Hokkaido, ils n'avaient pas ces manuscrits.

Kobayashi Kiyohiro : Je n'en ai pas vu ni entendu parler. Ce n'était pas si facile. Takeda Sensei était une personne prudente. Il a pris soin de ne pas donner d'informations à d'autres écoles. Cette réflexion a influencé M. KondoKondo Katsuyuki (近藤 勝之), l'actuel directeur de la branche principale du Daito-ryu Aiki-budo.. M. Kondo est très prudent quant à la présentation des informations à l'extérieur. Tokimune Sensei était comme ça aussi. Mais ce n’est pas un sujet de préoccupation pour nous aujourd’hui, et en fait, même M. Kondo contredit ses propres paroles avec ses actes, car il publie des livres et des vidéos. Qu'est-ce que tout cela veut dire ? N’est-il pas obéissant aux paroles de Tokimune Sensei ?

Vidéo d’instruction Daito-ryu Aiki-jujutsu de Kondo Katsuyuki

Et bien, ce n’est plus ce genre d’époque. Plus important encore, le Nippon Budokan a publié des livres sur le hidden mokuroku du Daito-ryu. Ils ont déjà publié un livre basé sur les vidéos qui les présentent. Toutes les techniques sont maintenant accessibles au public, il est donc inutile d'essayer de cacher quelque chose. Ce qui fait la différence, c'est la pratique. La pratique apprend à contrôler les forces et les détails subtiles dans les mouvements. Ceux-ci ne peuvent être enseignés que par une pratique répétée. Je crois fermement qu'il y a des choses qui ne peuvent être apprises qu'en regardant des livres.

Je suis en train d'écrire un livre sur la façon dont vous pouvez le faire. Il devrait sortir au plus tard à la fin de l'année. Eh bien, il ne sera disponible que pour les membres du dojo, pour servir de notes d'apprentissage, comme le Keiko TechoKeiko Techo (稽古手帳), un bref manuel de pédagogique donné aux membres du Takumakai.. En fait, peut-être pas comme Keiko Techo car il est normalement très fin et que mon livre fera environ 300 pages.

La version anglaise du Keiko Techo

La forme de base est une forme carrée et si elle est faite différemment, elle est appelée variation. Et au-delà de ces mouvements, il existe également des techniques d'application. Cela change depuis la forme, vers les variations, et enfin vers l'application. Des choses comme des immobilisations, les bases sont définies. Il y a aussi des frappes, sais-tu comment les faire ?

Guillaume Erard : En fermant la main comme ça, n'est-ce pas ? Ou comme ça ? [imitant un atemi de Daito-ryu typique à une phalange]

Kobayashi Kiyohiro : Selon les circonstances, tu dois utiliser le suigetzukiSuigetzuki (水月突きき), un coup vers le sol avec la main comme un marteau. ou hiratzukiHiratzuki (平突き), un coup de poing direct avec la paume de la main vers le sol.. S'il est dit de frapper sous l’aisselle, au lieu de procéder ainsi, tu devrais faire ipponken, un coup de poing avec une phalange. Comment faire cela est en fait écrit en détails. Tokimune Sensei disait cela. Il disait que le coup ne pénétrerait pas si on frappait avec un poing complètement fermé. Quand on frappe le flanc, il disait de le faire. Bien sûr, si on avait réellement frappé, cela aurait été dangereux, alors on le faisait en tant que katageiko. Nous avons donc appris à ne pas faire de contact physique, mais plutôt à utiliser une force précise.

Guillaume Erard : Le fait que l'Aikido et le Daito-ryu suivent une même structure à cinq principes suggère que celle-ci existait avant Tokimune, n'est-ce pas ?

Kobayashi Kiyohiro : Je suppose qu'une telle structure existait auparavant, mais je ne pense pas qu'elle comprenait 118 techniques. C’est juste mon opinion personnelle, mais j’ai l’impression qu’il n’y en avait qu’environ 110. Peut-être 108. C’est ensuite la question de savoir qui a créé les 10 autres. Je pense que c’est Tokimune Sensei. Les techniques incluses dans ces 10 sont les techniques contre le jutte, contre le sabre et contre bo et jo, et les techniques contre deux adversaires ou plus. Cela fait 118. Le nombre 108 est connu au Japon comme un chiffre porte-bonheur, comme la veille du nouvel an, quand on frappe un kanekane (鉦) une cloche 108 fois. Cela vient probablement de celaJoya no kane (除夜の鐘) est une cérémonie japonaise traditionnelle où les temples sonnent 108 fois la cloche avant le changement d’année..

Guillaume Erard : Très peu de gens ont autant d’expérience que vous en Daito-ryu, en Aikido Aikikai, et en Aikido Yoshinkan. Sentez-vous le besoin de transmettre plus que le Daito-ryu ?

Kobayashi Kiyohiro : Eh bien, à présent, je ne fais plus que du Daito-ryu. Dans le Daito-ryu, de nombreux sensei pratiquent une variété de techniques et de styles, mais les femmes doivent pouvoir aussi le faire sans avoir besoin de puissance et de force. Quelle que soit la taille du corps de l'adversaire, vous devez appliquer vos techniques en douceur, sans choisir les personnes. Les femmes doivent pouvoir pratiquer, sinon ce ne serait pas un bujutsu ni un jujutsu non plus. Je fais ce que je fais actuellement dans cet esprit.

De nombreux enseignants comme Horikawa Sensei se sont rendus à Yubetsu pour apprendreKobayashi Sensei fait référence à Horikawa Taiso (堀川 泰宗), qui a étudié avec Takeda Sokaku à Yubetsu, au nord de Hokkaido, en 1912.. Je ne veux pas que ces techniques soient enterrées et perdues avec le temps, alors je fais des efforts pour les conserver. De temps en temps, j'oublie les techniques ou parle de quelque chose en des termes incorrects, alors pour les organiser, je les rassemble dans un seul livre.

J'aimerais les avoir sous forme écrite pour les distribuer à tout le monde. C'est comme si c'était le hidden de Daito-ryu. Je ne sais pas si je devrais le rendre public si ouvertement. Mais à moins que je ne le garde en mémoire, sa valeur ne peut être pleinement appréciée, comme celle de la collection de photos Soden. La valeur sera maintenue car son existence et sa forme seront préservées. Biens sûr, dans l'avenir, les gens pourront dire : « M. Kobayashi fait des erreurs, il ne connait pas sa droite de sa gauche. » Il peut y avoir plein de choses à venir. Mais j'espère le terminer d'ici cette année. Je suis très proche d'avoir fini.

Guillaume Erard : J'ai eu beaucoup de chance de commencer le Daito-ryu avec vous car vous avez bien compris d'où je venais en tant qu'aikidoka et vos explications étaient faciles à comprendre pour moi.

Kobayashi Kiyohiro : Oui, je connais un peu l’Aikido, ce qui me permet d’enseigner même aux débutants qui pratiquaient l’Aikido. Je dois dire que leurs mouvements sont bons. Les gens du Daito-ryu ne bougent pas aussi bien. C'est facile d'enseigner à des gens comme ça. Les membres du groupe de Tokyo sont faciles à enseigner car tout le monde a une expérience de l'Aikido.

Kobayashi Kiyohiro, enseignant à Tokyo (2011)

Guillaume Erard : L'Aikido est simple.

Kobayashi Kiyohiro : Je pense que ce qui est bien au sujet de l'Aikido, ce n'est pas sa simplicité, mais sa capacité à faire ressortir le talent et individualité unique de chaque enseignant. Chaque sensei en possède, leur portée, leur réception, leur applicabilité et leur capacité sont donc très étendues. Chaque sensei a des techniques, des formes et des styles légèrement différents. Même s'ils publient les mêmes livres, ils diffèrent les uns des autres. Les sensei d'Aikido comme M. Okumura et quelques autres ont publié, non ? Mais encore une fois leurs techniques sont légèrement différentes. Je pense que ce qui est intéressant, c’est qu’ils ont un large éventail de tolérance et de capacités. Je pense que si on continue à dire [en Daito-ryu] que les choses doivent être faites comme ceci ou comme cela, il n'y aura qu’un développement et des améliorations minimes. Ce que j'espère voir, c'est un style d'enseignement qui encourage les apprenants à perfectionner ce qu'ils ont appris à leur manière. Nous devrions laisser de la place pour le développement personnel. N'est-ce pas la voie d'un enseignement adéquat ? Guillaume Erard : Les gens pensent souvent que le Daito-ryu est très dur et douloureux comparé à l'Aikido

Kobayashi Kiyohiro : Il est vrai que de l'extérieur, il doit paraître douloureux. En outre, la technique a tendance à bien fonctionner lorsqu'elle est douloureuse. Mais tu ne ressens pas beaucoup de douleur ou de force lorsque tu t'entraînes avec moi, n'est-ce pas ? Surtout pas de tension. L'Aikido est censé mettre encore moins de force, c'est pourquoi les gens vont le pratiquer. Il est supposé éviter d'utiliser une force inutile. C'est la différence essentielle, juste parce que ça a l'air douloureux. Guillaume Erard : Il y a aussi des niveaux de pratique, du plus sévère jujutsu à l'aiki no jutsu

Kobayashi Kiyohiro : Le Daito-ryu commence avec les techniques douloureuses. Guillaume Erard : Cette différence de perception est-elle due au fait qu’Ueshiba n’enseignait pas les bases du jujutsu ?

Kobayashi Kiyohiro : Je pense que Ueshiba Sensei était un génie et je suis simplement abasourdi. Cela peut sembler bizarre si je l’exprime ainsi, mais j’ai l’impression qu’il a pris toutes les meilleurs parties du Daito-ryu et qu’il les a très bien polies. C'était une personne étonnante. Si tu compares cela à la partie Aiki du Daito-ryu, c'est la touche finale. Guillaume Erard : Quand je regarde la démonstration de Ueshiba Sensei de 1935 au journal Asahi, je ne vois pas autant de Daito-ryu que je vois d'Aikido moderne.

Kobayashi Kiyohiro : Je pense qu'à ce moment-là, il était dans une période de transition. Parce qu'Ueshiba Sensei a enseigné au journal Asahi, il est devenu connu sous le nom de Dai Nippon Asahi-ryu Jujutsu. Asahi-ryu est écrit avec le caractère neuf et soleil, mais ils ont été enseignés au journal AsahiAsahi-ryu (旭流). Les kanji utilisés pour « Asahi » sont différents de ceux du nom du journal Asahi Shinbun (朝日新聞).. C'est après la création du KobukaiLe Zaidan Hojin Kobukai (財団法人皇武会) était la fondation à but non lucratif créée le 30 avril 1940 qui encadrait les activités du dojo de Ueshiba Morihei à Tokyo., que le nom d'Aikido a été revendiqué, c'était en 1941 ou en 1942. Après la mort de Takeda Sokaku en 1943, il n'y avait plus de sensei au-dessus de lui et il a pu devenir indépendant. Avant celà, c'était encore du Daito-ryu. Quand il enseignait à l'Omoto-kyoUeshiba enseignait dans l'un des centre Omoto à Ayabe en 1922., le signe était toujours le Daito-ryu. Il fut effacé de la photo après mais le signe Daito-ryu lui-même était là, beaucoup de gens l'ont vu. Takeda Sokaku s'est rendu à Ayabe et a amené son épouse et son fils, Tokimune, et a pris la direction de l'entrainement. Il l'a fait parce qu'Ueshiba ne pratiquait pas le Daito-ryu depuis longtemps. Deguchi Onisaburo, par exemple, était assez puissant, il était difficile de faire des techniques sur lui. Il a dû donc appeler Takeda Sensei pour leur apprendre à le faire.

Ueshiba Morihei à Ayabe en 1922. Le panneau derrière lui indique « Daito-ryu Aiki-jujutsu ».Guillaume Erard : Les Volumes 1 à 6 du Soden montrent les techniques enseignées au journal Asahi par Ueshiba Morihei.

Kobayashi Kiyohiro : C'est vrai, des volumes 1 à 6, ce sont les techniques de Ueshiba Sensei.

Guillaume Erard : Ce qu'ils font sur ces photos est à 100% du Daito-ryu, n'est-ce pas ?

Kobayashi Kiyohiro : C'est du Daito-ryu. C'était avant que Tokimune Sensei ait organisé les différentes techniques. Il y avait beaucoup de techniques différentes. Ils étaient comme cela : « Oh, c'est aussi ça le Daito-ryu. » Donc, Ueshiba Sensei faisait aussi du Daito-ryu. Je crois qu'au lieu de mettre toutes ces techniques dans l'Aikido d'aujourd'hui, il a soigneusement organisé les parties qui se chevauchent pour développer le système actuel d'ikkyo à gokyo.

Une technique du premier volume (tori : Yoshimura Yoshiteru, uke : Kawazoe Kuniyoshi)

Guillaume Erard : On dit souvent que l'ikkyo de l'Aikido est équivalent à l'ippondori d'ikkajo du Daito-ryu. Pourtant, l'ikkyo de Ueshiba Sensei ne ressemble pas à un ippondori de base, par exemple la barre sur le bras est absente.

Kobayashi Kiyohiro : Dans les techniques de Ueshiba Sensei, on voit qu'il bouge constamment : il tend la main, saute, et il est déjà arrivé. Il continue à avancer, il n'y a aucune chance de contre-attaquer et l'adversaire est maintenu à distance. C'est ça l'Aikido. Dans notre cas, nous effectuons notre technique, arrêtons-nous, donnons un atemi. Parce que nous faisons toutes ces étapes avec des pauses, cela donne aux adversaires une chance de se défendre. C'est la différence. Le jujutsu et Ueshiba Sensei ont des techniques différentes. C'est pourquoi c'est ce qu'on appelle l'Aikido.

Guillaume Erard : On dirait qu'il y a plus que le timing, les angles aussi sont différents.

Kobayashi Kiyohiro : Sur ippondori de ikkajo ? Eh bien, Ueshiba Sensei fait normalement ikkyo face à l'avant. Sur yokomenuchi il fait ude osae, alors c'est ikkyo. Eh bien, ikkyo peut être fait à partir de yokomenuchi aussi.

Guillaume Erard : Quand on regarde l’Aikido, que ce soit sur shomenuchi, yokomenuchi, aihanmi katatedori, tout s’appelle ikkyo.

Kobayashi Kiyohiro : Lorsqu’on se fait attaquer, on retient tout et on retourne et fait ikkyo. C'est ainsi qu'Ueshiba Sensei a enseigné. Donc c'est simple. Le nombre de techniques est réduit. Qu'on soit frappé ou saisi, on peut restreindre l'adversaire avec la même forme. C'est de l'Aikido. Dans ce cas, l’Aikido est facile à comprendre et à mémoriser, ce qui lui a permis de se répandre. Cela dit, l'existence de l'Aiki est également importante. On ne peut probablement travailler à pleine puissance, comme « baam ! », pendant la pratique. En réalité, quand les débutants essaient dans la rue, ils ne peuvent probablement pas bien bouger.

Guillaume Erard : La terminologie des techniques elle-même est source de confusion. Dans ikkajo, il existe trois techniques que les aikidoka qualifieraient de shihonage, mais elles portent toutes un nom différent.

Kobayashi Kiyohiro : Dans hanmi nage, on se place en position de hanza handachi et projette avec la moitié du corps. On ne se lève pas. Parce qu'on projette à partir d'une posture hanmi, c'est hanmi nage. Si on reste debout, la partie charnue de la technique sera perdue. La technique debout s'appellera shihonage à la place. Iriminage est lorsqu'on entre du côté opposé du shihonage. Comme en Aikido, cela s’appelle irimi parce qu'on place notre corps en avant. Shihonage est une autre technique sous irimi, mais à cause de sa distinction, elle a son propre nom. Kotegaeshi a aussi son propre nom.

Guillaume Erard : Les aikidoka confondent souvent le gyaku ude dori avec nikyo.

Kobayashi Kiyohiro : Lorsqu'on fait cela, c'est le kotegaeshi. Si on retourne, ce sera le contraire, donc gyaku.Gyaku (逆), lit. inverse, opposé. C’est ainsi qu’il prend le nom de gyaku ude dori, main inversée. C’est pourquoi il se trouve dans ikkajo au lieu de nikajo. Le nikyo de Ueshiba Sensei est une rotation verticale au lieu de cela. Verticalement comme ça. C'est pourquoi c'est nikyo. En Daito-ryu, on appelle cela kotezume ou shutozume. Parce qu'on le fait comme ça, la rotation verticale est un shutozume. Il y a un point commun. Cela peut sembler étrange de voir les techniques inversées dans ikkajo, mais c'est comme l'opposé de kotegaeshi, alors inversement.

Guillaume Erard : Et après tout cela, on doit comprendre les principes globaux derrière l'ensemble des techniques contenues dans chaque kajo.

Kobayashi Kiyohiro : Oui. La technique est différente mais elle porte le même nom. Cela explique ce qui est différent entre ikkajo et sankajo. C'est écrit dans mon livre, s'il te plaît, cherche dedans.

Guillaume Erard : Comme vous l'avez dit, on ne peut pas vraiment comprendre ces choses à partir d'un livre ! (rires)

Kobayashi Kiyohiro : Alors pratiquons, je vais t'expliquer ! (rires) Après tout, c'est l'utilisation de ton corps. Tout le monde projette comme ça, et c'est pourquoi ils ne peuvent pas le faire correctement. Si vous faites cela, le style reste comme ça. Si vous faites face de cette façon, l’autre va tomber comme ça. Sais-tu faire du lancer de poids ? Tu lances comme ça, et un boom ! Tu lances comme ceci, puis tu suis avec une traction comme celle-ci. Tu lances comme ça aussi. Cela devrait être la vraie façon de lancer. Les débutants suppriment normalement leur force parce qu'ils commencent par tori osae. Puisque nous ne finissons pas normalement avec une projection, on maintient comme ceci et délivre le coup final.

Guillaume Erard : Au Yoshinkan, ils utilisent toujours le terme kajo, n'est-ce pas ?

Kobayashi Kiyohiro : Lorsque Shioda Gozo enseignait au Yoshinkan, ou que Ueshiba Sensei enseignait au journal Asahi, ils utilisaient ikajo, nikajo , sankajo et yonkajo. Shioda Sensei a continué à utiliser ces termes après la guerre. Le Hombu a en quelque sorte évolué vers ikkyo, nikyo, sankyo, yonkyo, mais au Yoshinkan, les noms sont restés les mêmes. Les techniques sont les mêmes. Les techniques d'Ueshiba Sensei et de Shioda Sensei sont les mêmes.

Guillaume Erard : Certains professeurs d'Aikido parlent du rokkajo, savez-vous ce que c'est ?

Kobayashi Kiyohiro : Je ne connais pas le rokkajo. Je n'ai pas appris cela de Takeda Sensei. En voyant d'autres personnes écrivant à propos de Daito-ryu avec rokkajo, je me demande même ce que signifie rokkajo. Je ne l'ai jamais rencontré auparavant, alors je ne suis pas tout à fait sûr. Eh bien, je connais gokyo. Alors, peut-être que cela signifie gokajo ? Je suppose qu'on pourrait le dire de cette façon. J'aurais voulu demander si gokyo est gokajo, mais nous n'avons plus la source d'information, les sensei qui auraient pu nous le dire sont morts. Depuis le décès de Chiba Tsugutaka Sensei, biens des choses se sont perdues.

Guillaume Erard : Le Daito-ryu semble devenir de plus en plus populaire ces temps-ci, n'est-ce pas ?

Kobayashi Kiyohiro : Le Daito-ryu ? J'imagine que c'est le cas. C'est peut-être parce qu'Ueshiba Sensei a été formé au Daito-ryu que beaucoup de gens veulent savoir ce que c'est. Le Daito-ryu est devenu populaire grâce aux démonstrations de "taninzudori" au Nihon Budokan. Il s'agit des techniques de défense contre 6 attaquants, où vous rompez leur équilibre au contact, et tous s’effondrent. Tu en as déjà vu ?

Guillaume Erard : Oui, bien sûr...

Kobayashi Kiyohiro : À partir de ce moment, le Daito-ryu a attiré l'attention et est devenu célèbre. Le Daito-ryu aiki-jujutsu a été accepté au sein du Kobudo Kyokai grâce à l'aide de Hisa sensei, qui avait des contacts partout. Il était dans une entreprise de presse et a même siégé au conseil d’administration. Ainsi, le Daito-ryu est devenu membre du Kobudo Kyokai. Le Kobudo Kyokai n'autorise généralement qu'une seule organisation pour chaque école. Il y a beaucoup d'écoles comme le Yoshin-ryu, le Ju-Jutsu, le Karaté, l'Eichi-ryu, etc. Avoir deux ou trois organisations par école serait trop compliqué et déroutant. Le Daito-ryu est le seul à avoir deux organisations représentatives, qui alternent chaque année. Lorsque Hisa Sensei a reçu son Menkyo Kaiden de Takeda Sokaku, il a demandé que le groupe de son fils Takeda Tokimune soit également inclus dans le Kobudo Kyokai.

Guillaume Erard : Quand le Daito-ryu a-t-il été inclus dans le Kobudo Kyokai ?

Kobayashi Kiyohiro : Je me demande si je participais à la démonstration ? Cela a eu lieu lors d'une démonstration à Osaka. Je ne me souviens pas, c'était vers 1965. Je suis entré en 1961, donc je pense que c'était vers 1965.

Guillaume Erard : Comme vous l'avez dit, le cursus Daito-ryu est extrêmement long, il doit être très difficile à enseigner.

Kobayashi Kiyohiro : Lorsque le dojo de Tokimune Sensei était au Daitokan, il y avait un panneau qui disait : "118 techniques de base secrètes du Daito-ryu Aiki-jujutsu". Je pensais que cela signifiait qu'après, il y aurait des applications à enseigner, mais aucune ne vint.

Takeda Tokimune (1916 - 1993) au siège du Daito-ryu Aiki-budo à Abashiri (Hokkaido).

Quand j'enseigne, je sais que les débutants ne peuvent pas suivre les mouvements. Je décompose donc les mouvements à l'aide des métaphores "kaisho", "gyosho" et "sosho" kaisho (楷書) : texte normal ; gyosho (行書) : script semi-cursif ; sosho (草書) : script cursif.. Je commence par expliquer des mouvements immobiles ou demandant le moins de mouvements. Au lieu de mouvements complets, j'enseigne les techniques de préhension et d'atemi de manière plus approfondie. Lorsque tu te retrouve devant ton adversaire et que celui-ci déclenche une frappe, tu dois la renvoyer. Tu renvois la frappe avec une technique. Attendre d'être frappé est idiot. Les débutants ne peuvent évidemment pas faire cela, ils doivent donc apprendre à arrêter la frappe. Lorsque tu deviens bon, tu peux commencer à sentir la frappe de l'adversaire à l'avance et initier ta technique à l'avance. C'est le style cursif "sosho", et je considère qu'il s'agit des techniques avancées.

L'élément le plus important pendant l'entraînement est le "kuzushi"kuzushi (し): déséquilibrer. Il existe deux types de kuzushi. Atemi kuzushi et aiki kuzushi. Les débutants font atemi kuzushi. On appelle ça : "atemi kuzushi" mais en réalité on ne frappe pas complètement. C'est plus un moyen de créer la surprise et une réaction. Tu frappes, baam !, et ensuite tu fais ta technique. C'est ce que Tokimune sensei enseignait. Alors quand tu as une frappe, baam, tu reviens.

Et ensuite, j'enseigne l'Aiki où on frappe et avance les pieds. Aiki age, où on ne peut pas frapper sur katate ou ryote dori. On apprend ça. L'Aiki est utilisé dans de nombreuses situations différentes, par exemple pour perturber l'équilibre. Par conséquent, cela s'appelle Aiki kuzushi.

Takeda Tokimune (1916 - 1993) au siège du Daito-ryu Aiki-budo à Abashiri (Hokkaido).

En fait, il y en a trois. Selon les niveaux, il existe différentes techniques applicables. Cela diffère aussi en fonction des enseignants. Selon que l'enseignant enseigne les bases ou l'écriture semi-cursive. Guillaume, quand tu reçois un coup, comme baam!, tu veux bouger ton pied droit mais tu ne peux pas, alors tu enlèves ton pied gauche, n'est-ce pas? Tu contrôles et annule l’attaque en lisant la situation. Lorsque tu es poussé, tu ne restes pas immobile, n'est-ce pas? Tu bouges vraiment. Pourquoi voudrais-tu attendre d'être frappé, non? Tu bougerais certainement. Donc, ce que tu fais est décidé alors que tu continue à avancer. Tes pas vont dans une certaine direction pendant que tu évalues la situation. La perturbation de l'équilibre est pour les personnes avancées. Seules les personnes possédant beaucoup d'expérience et de pratique peuvent le faire. En termes d’apprentissage des techniques, j’apprends à bouger lentement et à rompre l’équilibre au début, puis à s’ajuster progressivement à des techniques plus rapides.

Guillaume Erard : Pouvez-vous expliquer comment les grades de dan sont attribués au Takumakai?

Kobayashi Kiyohiro : C’est moi qui ai mis en place le système de certification dan actuel de Takumakai. Au dojo de Tokimune Sensei, ils attribuait des grades kyu un par un, puis des grades dan basés sur Idori, Hanza handachi et Tachiai. Personnellement, j'enseigne le Kotegaeshi d'Idori et le Kotegasehi de Tachiai en même temps. Si on veut que les élèves fassent "karamenage", on doit également l'inclure. C'est plus facile pour les élèves de s'en souvenir. J'ai réarrangé cette partie pour les grades dan. Pour Nidan, je demande à Nikajo, pour Sandan, Sankajo, pour Yondan, on doit pouvoir faire Yonkajo. Ceci est mon style d'examen. J'ai créé le manuel de formation Keiko Techo. D'une certaine manière, il est couramment utilisé maintenant. Je ne sais pas quelles sont les normes d'examen de M. Kondo. Si vous venez d'ailleurs, vous êtes obligé de faire l'ukemi en chutes plaquées. Bien entendu, nous ne faisons pas cela.

Guillaume Erard : Que pensez-vous de l'avenir du Takumakai?

Kobayashi Kiyohiro : Eh bien, cela aurait été bien si le Takumakai avait grandi, mais ils n'y a pas eu assez de leadership. Plus précisément, ils n'ont pas réussi à former un bon successeur. Le directeur général actuel, Mori Hakaru, n'a pas encore nommé de successeur, ce qui fait que tout le monde est perdu. Les élèves sont également perdus en termes de quel Sensei ils doivent suivre. C'est pourquoi des gens quittent l'organisation. De mon côté, je prends des mesures, comme tu le sais. Comme le Takumakai appartient au Nippon Budokan, je suppose que la personne nommée par Mori sensei deviendra son successeur. Le reste des gens partira probablement.

Mori Hakaru, Shomucho du Takumakai.

Ueshiba Sensei était indépendant. Beaucoup de Sensei comme Tohei sensei, Saito sensei, Okumura sensei ou Sunadomari sensei sont également devenus indépendants. Eh bien, même si beaucoup de personnes partent et deviennent indépendantes, si l'organisation est grande et a un tronc épais, elle ne s'effondrera pas de la sorte. L'Aikikai est une grande organisation, une grande fondation. Ils ne sont pas si facilement déstabilisés. Le Takumakai, cependant, a une forme démographique semblable à celle du Japon, plus mince à la base. À moins que nous travaillions sur l'élargissement de la base, le potentiel de développement est faible.

Ce que j'essaie de dire, c’est qu’une chose importante n’est pas de grossir, mais bien d'élargir la base. Et en veillant à ce que cette organisation protège les bases sur lesquelles nous sommes construits et les transmette. Ce serait le mieux. Il est nécessaire de trouver un disciple passionné et sérieux et d'en faire le successeur. Je suppose que c'est ma responsabilité. Je ne sais pas encore qui ce sera, mais je ferai de mon mieux pour soutenir qui que ce soit.

Guillaume Erard : C'est comme dans les Koryu, où seulement une ou deux personnes apprennent tout jusqu'au Menkyo Kaiden.

Kobayashi Kiyohiro : Eh bien, oui. Ça arrive pour le Kaiden. Normalement, une ou deux personnes reçoivent le Menkyo Kaiden. L'héritier serait désigné de génération en génération. Donc, si on en distribue à deux personnes, les branches se séparent comme ceci. Père à fils. Je pense que beaucoup ont reçu Kaiden. Eh bien, je ne sais pas dans quelle mesure. Donc, le nombre que je dis peut effectivement être un petit nombre. Je m'interroge sur la validité si quelqu'un dit en avoir reçu un. Mais si d'autres ne disent que seul Hisa sensei a reçu le Menkyo Kaiden, alors il faudrait que je croie que c'est la vérité, car il y a des preuves. Le certificat. D'autres le disent, et ne montrent pas le certificat de Menkyo Kaiden. Donc, on pourrait dire Kaiden, mais probablement pas Menkyo [certificat]. Je pense que le certificat est limité à une personne par génération. Cela n'a pas vraiment d'importance, mais je pense que Sokaku a également commis des erreurs. Sa façon d'enseigner était une formation individuelle et il a parcouru le pays en enseignant ce à quelqu'un, et cela à quelqu'un d'autre, donc il n'y avait donc pas de liens transversaux. De son côté, Ueshiba sensei a créé une organisation. Il a établi le quartier général, formé des disciples et les a envoyés dans tout le pays pour enseigner. Si tu étais de la préfecture de Saga, alors tu allais à Saga pour enseigne. Juste comme ça. Tu enseignais, et le reste servait de support prêt à aider. Ce type d'organisation a été créé comme une pyramide solide. Ueshiba sensei a fait cela à Sendai, à Aizu, à Osaka... C'est pourquoi le Takumakai à Osaka est devenu assez grand. D'autres n'étaient pas comme ça. Tokimune sensei a tenté de créer une organisation en enseignant dans de nombreux endroits, mais il n’a pas connu le même succès. D'ailleurs, as-tu déjà entendu parler du quartier général du Daito-ryu au Kansai ?

Guillaume Erard : Non, jamais.

Kobayashi Kiyohiro : Peut-être n'avez-vous pas vu le tableau sur lequel il est écrit. Eh bien, Chiba Sensei est celui-là.

Chiba Tsugutaka avec Guillaume Erard au Shikoku Hombu Dojo (2012).Chiba Tsugutaka avec Guillaume Erard au Shikoku Hombu Dojo (2012).

Guillaume Erard : Ah! Cela veut dire que le dojo de Wakimachi n'est pas seulement le quartier général du Daito-ryu de Shikoku, mais de tout le Kansai alors !

Kobayashi Kiyohiro : Il y avait deux dojos : celui de Chiba Sensei à Ikeda et celui de Makita Sensei sur l'île de Minami, et ils les ont fusionné en un seul siège. M. Kondo est devenu le chef du Hombu de Tokyo. À ce moment-là, ils l'ont nommé Tokyo So Honbu pour montrer qu'ils occupaient une position plus élevée. Enfin, c’est Kondo qui appelait ça comme ça, hein. C'est comme ça que l'organisation a été faite.

Guillaume Erard : Il semble que quand Ueshiba Morihei a reçu le Kyoju Dairi, c'était le plus haut niveau que Takeda décernait à l’époque.

Kobayashi Kiyohiro : Eh bien, j'ai entendu cela aussi, bien que je ne sois pas sûr que le Kyoju Dairi soit le poste le plus élevé. Il y a eu 33 personnes qui ont reçu le certificat. Ils avaient tous été formés en privé, donc nous ne saurons pas tout de façon exacte.

Guillaume Erard : Le Daito-ryu est censé être un système iemotoIemoto (家 元), litt. "fondation de famille" est un système de transmission au sein d'une même famille. Cela explique donc pourquoi Takeda Tokimune n'a pas reçu le Menkyo Kaiden.

Kobayashi Kiyohiro : Oh ouais ouais, bon, je ne devrais pas dire ça, mais oui, c'était iemoto, donc de mon point de vue, iemoto est comme un arbre généalogique, parce que vous pouvez retracer votre ascendance jusqu'au bout. Cependant, dans le système Menkyo Kaiden, le nom de famille peut être différent. Si je t'en donnais un, cela créerait une lignée Budo. Avant c'était l'arbre généalogique de Takeda sensei. Il est donc préférable que le Soke fasse partie de l'arbre généalogique, mais c'est parfois impossible. Dans les Budo, il y a des moments où les noms sont changés. Cela se produit pour que le Budo soit transmis. L'arbre généalogique est hérité au sein des familles via le sang.

Tokimune sensei est allé rechercher les traces de ses ancêtres. Je ne sais pas jusqu'où il est allé. Il a dit avoir omis trois générations pour éviter de ramifier le Takeda-ryu ou un autre Ryu-ha et d'avoir différents noms de techniques de Daito-ryu créés. Si tu fais une petite recherche, tu pourra le découvrir assez facilement. Il est remonté jusqu'à Shinra Saburo, jusqu'à l'époque de Heian. Je ne pense cependant pas qu'ils faisaient du Daito-ryu à l'époque Heian, mais peut-être que du budo comme le sumo existait bien.

Guillaume Erard : Dans la version officielle, le Daito-ryu est censé remonter jusqu'à Shinra Saburo. Vrai ou pas, c'est plutôt linéaire et bien défini, mais qu'en est-il de la prochaine génération ?

Kobayashi Kiyohiro : Tout part en morceaux. Chiba Sensei et M. Kondo seraient les successeurs. La prochaine génération après Tokimune Soke était le mari de sa fille aînée. Il a été nommé son successeur. Je n'ai jamais pratiqué avec cette personne, mais je connaissais cette fille aînée. Nous étions ensemble à l'université. Elle est allée à Nihon Joshidai à Tokyo ou à Showa Joshidai et le garant à l'époque était Ueshiba Morihei sensei. Takeda sensei avait l'habitude de dire qu'il lui rendait visite lorsqu'il se rendait à Tokyo. Même après la guerre, après que ses enfants aient grandi, il allait les saluer.

En outre, l'arrière-petit-fils du frère aîné de Sokaku vit maintenant là où est né Sokaku, un endroit appelé Aizu Sakashita. Cette personne est celle qui a pris le nom de Soke. Donc, je ne sais pas lequel est le vrai Soke. Il y en a deux, selon le système iemoto.

Guillaume Erard : Oui, il dirige un groupe à Hokkaido...

Kobayashi Kiyohiro : Oui, il s'agit de monsieur Takeda Munemitsu. Lui et moi avons pratiqué ensemble au Daitokan Honbu. Il était très bon techniquement, surtout vu qu'il était plus jeune que moi.

Guillaume Erard : Avec deux personnes prétendant être Soke, qui est légitime, alors ?

Kobayashi Kiyohiro : Oui, je pense que Kondo sensei n'aurait pas dû faire cela. Il vaut mieux passer le flambeau au disciple qui a étudié le plus longtemps. Kondo sensei se trouvait dans une situation géographique où il pouvait gérer les interactions avec le Kobudo Taikai de Tokyo. Ils lui ont donc décerné le titre de Kyoju Dairi. Parce que cela signifiait qu'il était reconnu comme héritier, il a emporté tous les documents avec lui. Mais cela s’est avéré être une erreur et il a été confronté et a été prié de rendre les documents, il l’a renvoyé à la personne actuelle de Soke, Takeda sensei.

Kondo Katsuyuki

Guillaume Erard : Hisa Takuma et Tonedate Masao auraient tous deux reçu Menkyo Kaiden de Sokaku...

Kobayashi Kiyohiro : Tu vois, il était possible que deux personnes aient reçu Kaiden.

Guillaume Erard : Quel est l'effet de la nature controversée de la succession de Tokimune Sensei sur le Daito-ryu ?

Kobayashi Kiyohiro : C'est un tel gâchis de laisser tomber tout cela. Je ressens donc une obligation forte de le préserver. C'est un Kobudo après tout. Personne ne voudrait en faire un métier. Ainsi, lorsque les techniques seront perdues, toute la culture disparaîtra. Il convient de préserver une partie de la culture japonaise et pour y parvenir, nous devons travailler dur. Je dois me pousser même si mes jambes me font mal. Cela s'est un peu amélioré après mon implantation d'os artificiel, ce qui me permet de rester un peu plus longtemps pour le moment. Sinon, je ne serais pas capable de faire du Budo. Bien que je ne puisse pas faire Idori, après un peu de temps, je récupérerai et serai capable de prendre l'ukemi.

Guillaume Erard : Au fond, l'aspect culturel n'est-il pas le plus important ?

Kobayashi Kiyohiro : La culture des arts martiaux, du thé, de l'artisanat et de la sculpture sur métal, ainsi que divers autres aspects culturels du Japon existent encore. Je pense que ceux-ci doivent être protégés en tant que tradition et culture. Nous avons donc l'obligation de les préserver, qu'il y ait deux ou trois Daito-ryu. C'est-à-dire, nous devrions transmettre chacun de ceux qui sont enracinés dans des zones spécifiques. Il est devenu un peu difficile de l’unifier maintenant de toute façon.

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À-Propos

Site officiel de Guillaume Erard, auteur, instructeur et vidéaste résident permanent au Japon - 5e Dan Aïkido du Hombu Dojo de l'Aïkikai de Tokyo / 5e Dan Kyoshi (professeur) de Daïto-ryu Aïki-jujutsu du Shikoku Hombu Dojo.