Le mois de septembre 2012 fut riche en évènements exceptionnels pour le petit monde de l'aikido tokyoïte. Tout d'abord, le 11e Congrès de la Fédération Internationale d'aikido a pris place du 17 au 23 septembre dans le quartier de Yoyogi, et il fut directement suivi de la grande célébration du 70e anniversaire de l'accréditation de la fondation Aikikai et du 80e anniversaire de l'établissement du Hombu Dojo. Cet événement s'est déroulé au prestigieux hôtel Keio Plaza de Shinjuku et c'est de ce dernier que je veux vous parler aujourd'hui.
Ce sont près de 1900 personnes qui ont répondu présentes à l'invitation du Doshu et qui se sont retrouvées le dimanche 23 septembre à 13h00 dans la grande salle de conférence du Keio Plaza. Je me suis mis sur mon 31 pour l'occasion et l'entrée dans cet hôtel prestigieux, ainsi que le nombre d'invités, sont assez intimidants. Comme toujours, les instructeurs de l'Aikikai sont très affairés dans l'organisation de l'évènement et dans l'accueil des visiteurs. Miyamoto Sensei est la première personne familière que je rencontre. Mon accoutrement inhabituel le fait sourire et il me dit que c'est au deuxième étage que les choses se passent. Il est à noter que Miyamoto Sensei est en outre, avec Yokota Sensei, devenu directeur technique de la Fédération Internationale d'Aikido.

Keio Plaza à Shinjuku
Je ne ferai donc pas de passage aux vestiaires, et de toute façon, ceux-ci sont littéralement pris d'assaut par les invités et la patience n'est pas mon point fort. Au deuxième étage, on passe donc à l'enregistrement et on s'acquitte des 15 000 yens (150 euros) de droits d'entrée. Après cela, l'entrée dans la salle de réception est vraiment impressionnante et c'est à ce moment que je prends la pleine mesure de l'évènement. Les deux tables devant la scène sont occupées par les personnalités, j'aperçois entre autres Yamada Sensei, Peter Goldsburry, le président de la Fédération Internationale d'Aikido, ainsi que Maxime Delhomme, le président de la FFAAA qui est devenu depuis quelques jours membre du conseil de la Fédération Internationale d'Aikido. Tony Smibert est là également, il est devenu le seul non-japonais membre du comité directeur de la Fédération Internationale d'Aikido, ceux-ci étant désignés par le Doshu Ueshiba Moriteru.

Les membres du comité directeur de la Fédération Internationale d'Aikido
J'attrape un verre de jus d'orange et je salue quelques amis du Hombu Dojo et bientôt, les festivités commencent. Le discours d'ouverture fut prononcé par le président du comité d'organisation, Syoji Koto, suivi par un discours du Doshu Ueshiba Moriteru qui est revenu sur l'histoire de la création du Hombu Dojo et de l'établissement de la fondation Aikikai. Il a aussi expliqué que cet anniversaire aurait dû avoir lieu en 2011, mais à cause du séisme du Tohoku, celui-ci avait dû être repoussé à l'année suivante.

La salle attentive pendant le discours de Syoji Koto
D'autres discours ont également été donnés par des invités spéciaux, dont le ministre de l'Éducation, de la Culture, des Sports, et de la Technologie, Hirofumi Hirano (celui-ci n'ayant pu se déplacer, c'est le Dojo-cho Ueshiba Moriteru qui s'est chargé de lire son discours), qui a salué l'incroyable accomplissement des trois générations de Doshu qui surent créer et développer à l'échelle mondiale un art dont les Japonais peuvent être fiers, de par ses techniques et ses idéaux pacifistes et éducationnels.
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Discours du Doshu Ueshiba Moriteru
Ensuite, l'ancien Premier ministre Kaifu Toshiki s'est longuement adressé aux invités, donnant de nombreuses anecdotes croustillantes au sujet de l'Aikido du temps de O Sensei et de Kisshomaru Sensei. Il s'est également dit très rassuré pour l'avenir de l'Aikido lorsqu'il voit le futur Doshu prendre si bien ses responsabilités. Ensuite, le controversé ancien ministre Kamei Shizuka a partagé ses souvenirs de pratiquant d'Aikido (il est 6e Dan) sous la direction de Moriheï Ueshiba et celle du second Doshu Ueshiba Kisshomaru. En particulier, il a avoué, dans sa jeunesse, passer plus de temps au dojo qu'à ses études, ce qui selon lui, l'a logiquement conduit à la politique.

Kaifu Toshiki
Le président de la fondation Nippon Budokan, Hikaru Matsunaga, a ensuite pris le relais, expliquant que l'Aikido se tenait au rang des plus grands Budo, aux côtés du Karaté et du Judo, comme l'illustre chaque année la grande cérémonie du Kagami Biraki. C'est ensuite l'Ambassadeur de la République Fédérale d'Allemagne, le Dr Volker Stanzel, qui a décrit dans un Japonais excellent, son parcours d'Aikidoka et surtout, l'importance des maîtres Japonais partis s'installer à l'étranger pour le développement de l'Aikido mondial. Enfin, Hiroshi Tada Shihan a terminé les adresses officielles en adressant le kanpai final à l'assemblée.

Hiroshi Tada Shihan donnant son discours
Après les discours, il est temps de se restaurer et bien sûr, de s'abreuver. J'aperçois ensuite la silhouette longiligne de John Rogers, le directeur technique de l'Aikikai d'Irlande. Il fut le tout premier expert d'Aikido qui m'apporta son soutien lorsque j'ai commencé à interviewer des maîtres d'Aikido. Cette année, John Rogers a été promu au titre de Shihan pour l'Irlande. L'île d'Émeraude étant un très petit pays, John et moi n'avons pas toujours eu les rapports les plus simples, notamment à cause de nos sensibilités différentes en termes d'Aikido et à cause de nos caractères plutôt trempés, mais je ressens un réel plaisir de le retrouver et de partager avec lui les dernières nouvelles, le tout sur un ton très cordial. L'année 2012 a été riche en évènements pour lui, car en plus d'être nommé Shihan par l'Aikikai, John a également été élu la semaine passée au poste de vice-président de la Fédération Internationale d'Aikido. Je lui souhaite donc tout le succès que son investissement pour l'Aikido mérite et qui sait, se retrouvera-t-on sur le tatami un jour prochain.

Je vais ensuite saluer quelques-uns des "pontes" sans qui je ne serais probablement pas là. Le pilier de l'Aikikai Gérard Sachs est la et sa bonne humeur est comme toujours communicative. J'avais déjà parlé de Gérard alors que nous faisions tous les deux équipe lors de l'organisation du 50e All Japan Demonstration au Nippon Budokan. Il est l'un des plus anciens pratiquants du Hombu Dojo, toutes nationalités confondues, et il est toujours présent de façon hebdomadaire sur le tatami, distillant son savoir avec une générosité et une gentillesse inégalées. Je retrouve ensuite avec un grand plaisir mes Sempaï de l'Aikikai pour un verre et quelques anecdotes bien colorées.

Les élèves étrangers du Hombu Dojo autour de Didier Boyet
Je me dirige ensuite vers Jordy Delage, le directeur de la société Budo Export, qui est présent avec sa femme Eriko. Il a de grandes nouvelles pour moi puisqu'il s'est récemment associé à Christian Tissier afin de produire un keikogi Seïdo portant sa griffe qui sera en vente au dojo de Vincennes de Christian Tissier. C'est le couronnement d'un travail de titan que j'ai vu Jordy abattre, dès les balbutiements de sa société, alors que j'arrivais à peine au Japon. Cela fait longtemps que je clame les mérites humains de Jordy et la qualité de Budo Export ; la confiance que Christian Tissier a décidé de leur accorder est une accolade significative et méritée pour leur travail.

Christian Tissier, Jordy Delage, Maxime Delhomme, et Eriko Delage
En parlant de Christian Tissier, je m'étais promis d'aller le saluer avant qu'il ne retourne en France. Malheureusement, je n'ai pu assister à son cours au congrès international, car j'étais en voyage de noces, mais je suis heureux de pouvoir échanger quelques mots avec lui avant qu'il ne reparte. Même si je n'ai jamais été un élève proche de Christian, je me suis efforcé, durant mes années en Europe, de le suivre le plus possible en stage. C'est aussi un peu grâce à lui que je suis en train d'écrire ces lignes aujourd'hui, car c'est vraiment grâce à des modèles comme Christian que nous autres pratiquants étrangers du Hombu Dojo, avons pu envisager qu'il était possible de venir ici pour se former à l'Aikido. En cela, et en plus de ses capacités techniques, Christian remplit totalement son rôle de Shihan (modèle).

Guillaume Erard, Olivier Gaurin et Christian Tissier
Je n'en suis pas au bout de mes remerciements puisque c'est à présent Micheline Tissier que j'ai le privilège d'aller saluer. Que dire de cette experte mondialement reconnue qui a ouvert tellement de portes aux pratiquantes d'Aikido ? Les organisateurs du Congrès de la Fédération Internationale d'Aikido ne se sont pas trompés sur ses qualités d'enseignante puisqu'ils ont fait appel à elle pour animer un cours lors de la semaine de congrès. J'avais eu le plaisir d'interviewer Micheline Tissier il y a plusieurs années et la qualité de son parcours depuis ne fait que confirmer ce que l'on entrevoyait d'elle durant cet entretien. Il est ensuite l'heure pour Dojo-cho Ueshiba Moriteru de délivrer le discours final de fermeture de l'évènement. Il remercie tous les invités et leur souhaite un bon retour dans leurs pays respectifs. Nous sortons de la salle, toujours en discutant avec enthousiasme, et nous n'oublions pas d'aller chercher le petit souvenir que les organisateurs ont préparé pour nous, un mot de remerciement du Doshu, un livret contenant la chronologie de l'histoire de l'Aikikai, et un Zuisho Komon, un délicat napperon fait de textile traditionnel à Kyoto.

Les souvenirs de la fête au Keio Plaza
Nous voilà donc ensemble résolument tournés vers une nouvelle époque pour le Hombu Dojo. Depuis sa création par Moriheï Ueshiba, puis durant l'assise internationale fruit du travail du Doshu Kisshomaru et de son fils Moriteru, jusqu'à la prise de responsabilité de plus en plus importante de Waka-Sensei Ueshiba Mitsuteru, le Hombu Dojo a perduré et grandi malgré les difficultés, en gardant toujours comme but final de perpétrer l'enseignement du fondateur. On souhaite donc encore de nombreuses années supplémentaires à l'Aikikai et plein d'autres occasions de se retrouver et pratiquer ensemble pour ses membres, quelque soit leurs rangs, leurs styles, ou leur pays d'origine.

Waka Sensei Ueshiba Mitsuteru donnant son discours de clôture
