Entretien avec John Rogers de la Fédération Irlandaise d'Aikido

Entretien avec John Rogers de la Fédération Irlandaise d'Aikido

John Rogers (Seán Mac Ruairí) est l'instructeur en chef de l'Irish Aikido Federation – Ireland Aikikai. Il est aussi détenteur du titre de 6e dan Shidoin décerné par l'Aikikai de Tokyo. C'est a l'occasion du stage annuel de Printemps organisé par l'Ireland Aikikai qu'il a bien voulu nous accorder une entrevue afin de mettre en lumière sa carrière martiale et plus largement l'histoire de l'Aikido en Irlande. Cette année, l'instructeur délégué par le Honbu Dojo de l'Aikikai était T. Kuribayashi Shihan. Il est à noter que l'année 2007 marque l'anniversaire des 35 ans de pratique de l'Aikido en Irlande et aussi des 20 ans de la création du dojo professionnel de John Rogers à Dublin.

Guillaume Erard : Dans quelles circonstances avez-vous été initié à l'Aikido ?

John Rogers : J'ai commencé l'Aikido en raison de mon goût pour l'exercice physique. J'ai fait pas mal de sport lorsque j'étais à l'école j'ai aussi été initié aux arts martiaux. C'est monsieur Matthew Folen ; un judoka Irlandais, qui m'a conseillé d'essayer l'Aikido si j'en avais un jour l'opportunité car selon lui, c'était « un budo plus complet » et que cela serait certainement plus en accord avec ma personnalité.

Guillaume Erard : A l'époque, y avait-il des instructeurs Japonais voyageant en Irlande ? Aviez-vous des rapports avec les Aikidoka du Royaume Uni ? le premier instructeur Japonais à se rendre Irlande fut Kanetsuka sensei

John Rogers : Au début des années 70, le monde de l'Aikido Irlandais était très restreint, peu de gens pratiquaient mais il y avait un grand sens de la camaraderie. Pour en revenir à la question, entre 1974 et 1976, la British Aikido Federation avait l'habitude d'envoyer des instructeurs lors de stages mensuels et le premier instructeur Japonais à se rendre Irlande fut Kanetsuka sensei. Il revint régulièrement entre 1976 et 1996. D'autres visiteurs venant d'Europe, des Etats Unis et du Japon venaient aussi pour s'entraîner ou faire cours ; la plupart d'entre eux avaient d'ailleurs pratiqué au Japon.

John Rogers SenseiGuillaume Erard : Comme vous l'avez dit, la pratique de l'Aikido était assez confidentielle au tout début ; de quelle façon avez-vous réussi à compléter votre entraînement dans ces conditions ?

John Rogers : Je me rendais au Royaume Uni souvent car là-bas, nous avions des stages tous les deux mois avec Terry Ezra ou Kanetsuka sensei. De plus, monsieur M. Sekiya est venu fréquemment nous rendre visite entre 1979 et 1987. Nous avons pratiqué ainsi et de façon quotidienne pendant de nombreuses années.

Guillaume Erard : Je suppose qu'il n'était pas aisé, à l'époque, de concilier cette passion pour l'Aikido et vie professionnelle.

John Rogers: Au contraire, pas de problème. Pas de boulot pas d'argent, pas d'argent rien à manger, rien à manger et c'est la mort – par conséquent comment pratiquer ? (rires) Lorsque j'ai terminé l'université, travailler m'a permis d'acquérir les compétences nécessaires afin de créer un cabinet de formation et de conseils. J'étais jeune père de famille, c'était une époque intéressante et heureuse.

Guillaume Erard : A quel moment vous-êtes vous dit qu'il y avait un potentiel en Irlande pour l'établissement d'un dojo professionnel ?

John Rogers : Cette question est intéressante mais elle ne reflète pas tout à fait appropriée à ce qui s'est vraiment passé. En 1986, l'Irlande a fait face à une crise économique et vu que début 1987, mon entreprise n'allait pas très bien, j'ai pensé devoir émigrer. En même temps, j'ai réalisé que je pourrais peut-être mettre à profit le fait que j'avais du temps libre pour chercher un local et pour ouvrir un dojo au centre-ville. J'ai trouvé l'endroit idéal et la vie au dojo a commencé. Étant donné que je me suis vu refuser mon visa, j'ai décidé de continuer comme cela. Comme vous le voyez, ce n'était vraiment pas le fruit d'une étude de marché.

Guillaume Erard : A la différence de la France, le gouvernement intervient très peu dans les affaires des fédérations d'arts martiaux ; que ce soit en terme de contrôle des grades et surtout de subventions ; pourriez-vous nous expliquer les principales différences des deux systèmes ainsi que les avantages et inconvénients de cette indépendance ; je pense particulièrement à la mise à disposition d'installations sportives. l'Aikido est notre passion donc c'est à nous de nous organiser pour l'assouvir

John Rogers : Le gouvernement n'apporte aucun support à l'Aikido mais ce n'est de toute façon pas son rôle. A mon sens, il devrait se concentrer sur la prise en charge des enfants, des personnes âgées et des malades. L'éducation, la santé et le respect de l'ordre sont ses attributions principales. En revanche, l'Aikido est notre passion donc c'est à nous de nous organiser pour l'assouvir. Je pourrais évidemment comparer les conditions de pratique en France et dans les autres pays mais dans quel but ? Je vis en? ici et je dois donc faire face aux conditions logistiques de mon pays. En fait, bien que l'Irlande soit un petit pays ; avec du bon sens, un peu de coopération et de détermination on peut en accomplir des choses. Grâce au règlement international de l'Aikikai, nous avons la permission d'organiser les passages de grades ici alors que dans d'autres pays, les arrangements doivent être faits avec le Hombu dojo.

Guillaume Erard : Pourriez-vous nous donner une description de votre organisation ; l'Irish Aikido Federation et de ses activités ?

John Rogers et Detta DickinsonJohn Rogers : L'Irish Aikido Federation a été constituée afin de promouvoir le développement de l'Aikido en Irlande et ce, en étroite coopération avec l'Aikikai Foundation. L'Ireland Aikikai est l'organisation des yudansha Irlandais ; c'est par la qu'ils opèrent la fédération. Le président est monsieur Eoin de Buitleir. Nos activités sont : pratique, pratique et pratique ainsi que les passages de grade. Nous avons des stages mensuels pour les bases, des stages interclubs et des stages hauts niveaux. Notre stage de printemps est traditionnellement animé par un instructeur du Hombu dojo. J'enseigne pour ma part lors de stages dans tous les dojos membres de la fédération ainsi qu'au stage d'été annuel. Pour finir, nous recevons aussi la visite d'instructeurs étrangers deux fois par an. j'aimerais quand même mentionner monsieur Sekiya (1916-1996) qui était un associé de Yamaguchi sensei et un proche de Kisshomaru Ueshiba. Il venait nous rendre visite fréquemment et bien qu'il n'était pas un instructeur professionnel, c'était un gentleman et son aide m'a été très précieuse

Guillaume Erard : Lorsque vous vous retournez et contemplez les 35 dernières années, y a-t-il un instructeur qui a particulièrement marqué votre pratique ou vous-même ?

John Rogers : La vérité est que je rencontre beaucoup d'enseignants et que je suis une personne facilement impressionnable. Pourtant, j'aurais du mal à placer un Shihan au-dessus d'un autre. Cela dit, j'aimerais quand même mentionner monsieur Sekiya (1916-1996) qui était un associé de Yamaguchi sensei et un proche de Kisshomaru Ueshiba. Il venait nous rendre visite fréquemment et bien qu'il n'était pas un instructeur professionnel, c'était un gentleman et son aide m'a été très précieuse.

Guillaume Erard : Pendant le stage avec Kuribayashi sensei, vous avez fait mention de vos objectifs initiaux lors de vos débuts en Aikido. Quels étaient-ils ?

John Rogers : Lorsque j'ai commencé, je voulais être fort. Plus tard, j'aspirais à être capable d'enseigner aux autres et je voulais que l'Aikido se développe durablement en Irlande.

John Rogers en démonstration

Guillaume Erard : J'ai l'impression que le principal a été atteint alors ; d'autres buts pour les 35 prochaines années ?

John Rogers : Dans 35 ans ? J'en aurai 89 ! En fonction de mon état physique et des circonstances, je resterai sur le tapis aussi longtemps que je le pourrai.

Guillaume Erard : Pour finir, y a–t-il un message que vous souhaiteriez faire passer aux Aikidokas francophones ?

John Rogers : OK, prenez soin de vous et profitez de votre vie ; surtout ne croyez pas tout ce que vous lisez...

Guillaume Erard : Merci beaucoup d'avoir pris le temps de répondre à ces quelques questions John.

John Rogers : De rien, le plaisir est pour moi. Tá fáilte romhat (Merci de votre intérêt).

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À-Propos

Guillaume Erard est titulaire du grade de 6e Dan en Aïkido (Fondation Aikikai - Aikido Hombu Dojo de Tokyo), et du titre de Kyōshi 5e Dan en Daïto-ryu Aiki-jujutsu (Hombu Dojo de Shikoku). Résident permanent au Japon, il dirige un dojo d’Aïkido à Yokohama et anime régulièrement des stages internationaux. Il est docteur en biologie moléculaire et titulaire d’un Master 2 en sciences de l’éducation. Ses recherches portent notamment sur les dimensions pédagogiques et historiques de la transmission des arts martiaux japonais. Il a publié de nombreux articles dans des revues spécialisées en France et au Japon, et a collaboré à la rédaction du dernier ouvrage de Christian Tissier.

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