C'est un privilège rare de s'entretenir avec quelqu'un qui a atteint la maîtrise dans deux disciplines apparemment distinctes. Tony Smibert Shihan incarne le concept japonais de shuhari — le parcours qui va de l'apprentissage à l'émancipation puis à la transcendance — tant dans les arts martiaux que dans les arts visuels.
Récemment promu 8e dan par l'Aikikai Hombu Dojo lors de la cérémonie du Kagamibiraki 2025, Tony Sensei est un pilier du développement de l'Aïkido hors du Japon depuis plus de cinq décennies. En tant qu'élève direct du légendaire Seiichi Sugano Shihan de 1965 jusqu'au décès de Sugano Sensei en 2010, il a contribué à établir l'Aiki Kai Australia et a siégé pendant plus de deux décennies à la Fédération Internationale d'Aïkido, notamment en tant que Vice-Président et aujourd'hui comme membre du Conseil des Anciens.
Mais le parcours de Tony Sensei lui est propre. Lorsqu'il n'est pas sur le tatami, il se trouve dans son atelier à Deloraine, en Tasmanie, où il crée des aquarelles et des acryliques abstraits de grand format qui lui ont valu d'être reconnu comme l'un des peintres contemporains australiens les plus importants. En tant que chercheur-artiste invité à la Tate Britain, il a eu l'opportunité extraordinaire de travailler avec les pigments originaux de J.M.W. Turner et a co-écrit le Tate Watercolour Manual. Son art est profondément influencé par sa pratique de l'Aïkido, canalisant le flux du ki dans de larges traits calligraphiques qui évoquent Franz Kline et l'expressionnisme abstrait.
Dans cette interview, filmée lors du 14e sommet de la Fédération internationale d'aïkido à Tokyo, nous explorons comment ces deux mondes se rejoignent, comment les principes de l'Aïkido nourrissent l'expression artistique, et ce que signifie consacrer une vie à la quête de la maîtrise. Pour Tony Sensei, le pinceau et le sabre ne sont pas des voies séparées mais des expressions d'une même vérité fondamentale.
