Articles de journaux japonais inédits au sujet d'André Nocquet

Articles de journaux japonais inédits au sujet d'André Nocquet

En tant que chercheur amateur sur l’histoire de l’Aïkido, j'ai la chance de pouvoir côtoyer certains des derniers grands Maîtres, élèves directs d'O Sensei. Je me trouvais le week-end dernier en compagnie d'Isoyama Hiroshi Shihan et nous discutions de l’évolution de l’Aïkido depuis le choix de sa diffusion au grand public. Nous parlions, entre autre, du rôle de certains pionniers, dont André Nocquet (lire sa biographie ici). André Nocquet a bien entendu grandement contribué à la diffusion de l’Aïkido en Europe, mais son rôle pour la promotion de l'art au Japon est moins connu hors de l'archipel. Tada Hiroshi Shihan, un autre pionnier de l’Aïkido et archiviste méticuleux, m'avait lui aussi parlé, quelques mois avant, du rôle de Nocquet au Japon. D'ailleurs, lorsqu'il a appris que j'avais fait mes débuts en Aïkido au sein du groupe créé par Nocquet, il a tenu à rentrer chez lui pour aller chercher un certain nombre documents dont il m'a ensuite fait cadeau. Je vous propose aujourd'hui de découvrir certains d'entre eux. Il s'agit de quatre coupures de journaux (Yomiuri Shimbun) datant de 1956 et revenant sur le rôle d'André Nocquet, et de l'Ambassade de France au Japon, dans la promotion de l’Aïkido et du Judo. Je tiens à remercier Tada Shihan du fond du cœur pour m'avoir donné ces document à la valeur inestimable pour nous autres enthousiastes de l'histoire de l’Aïkido.

Article 1

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Une démonstration d’Aïkido, commanditée par le département de la culture et de l'information de l'ambassade de France, s'est tenue au siège de l'Aïkido, dans le dojo Ueshiba, à Wakamatsu-cho, dans l'arrondissement Shinjuku de Tokyo, le 25 [septembre 1956] à 15 heures dans le but de « montrer ce que l'Aïkido, un nouveau type de budo japonais, est vraiment ». L’Aïkido est défini comme « une création d'énergie pure combinée à un mouvement équilibré utilisant la force mentale ». On a pu voir ce jour-là d'excellentes démonstrations libres, celles d'enfants et de femmes, et de l'autodéfense appliquée. Au cours de ces dernières, on pouvait entendre quelqu'un crier « Yaa » et de suite, quelqu'un d'autre était déjà au sol. André Nocquet un Français troisième Dan en Judo et premier Dan en Aïkido qui a rejoint le dojo en juillet de l'année dernière participait également à la session et a déclaré au sujet de l'Aïkido que « les choses seraient différentes si le cœur de l'Aïkido se répandait à travers le monde ». (L'image montre Nocquet exécutant l'Aïkido)


Article 2

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« L'Aïkido pour la paix mondiale »

Une démonstration organisée par l'ambassade de France

Une démonstration d’Aïkido organisée par l'ambassade de France a eu lieu le 25 [septembre 1956] à 15 heures au siège de l'Aïkido, situé au sein du dojo Ueshiba, à Wakamatsu-cho, dans l'arrondissement Shinjuku de Tokyo. La démonstration a été menée, entre autre, par André Nocquet (troisième Dan de Judo, premier Dan d'Aïkido), venu tout droit de France. Nocquet, Français actuellement en plein apprentissage de l'art a déclaré que « l'Aïkido est le moyen d'atteindre la paix dans le monde ». La délégation française de l'Aïkido a ensuite offert un cadeau au chef du dojo, monsieur Morihei Ueshiba. Nocquet et d'autres collègues ont ensuite présenté les formes « kata » et furent suivis par monsieur Ueshiba qui a donné sa propre démonstration. Le dojo était rempli d'une audience variée de 200 personnes regroupant aussi bien des étrangers que des Japonais, fascinée par le dynamisme des démonstrations, plus excitantes encore que des épreuves comme le lancer de marteau. Lieu de l’événement : Siège de l'Aïkido à Wakamatsu-cho, Ushigome, Tokyo


Article 3

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La France, le deuxième plus grand pays de Judo au monde

Vers le développement de l’Aïkido

Les compétences divines de monsieur Abe, 6e Dan

Quand on parle de l'Aïkido en France, on utilise encore le mot « Jujutsu », mais la définition est limitée à l'autodéfense. Dans sa formation militaire, l'armée française a déjà intégré le Jujutsu dans le cadre des entraînements en combat rapproché, mais ces dernières années, un autre Jutsu est apparu en Europe et il est beaucoup plus puissant. Ce Jutsu s'appelle Aïkido. Les gens ont commencé à pratiquer l’Aïkido suite à la avenue en France de monsieur Mochizuki et de façon plus importante, monsieur Abe (6ème Dan), qui furent tous deux élèves du fondateur de l'Aïkido, monsieur Ueshiba. Étonné par la merveilleuse efficacité de l'Aïkido et par la beauté de ses formes, j'en ai commencé l’étude auprès de monsieur Abe. J'ai alors décidé de partir au Japon pour continuer mes recherches en Aïkido. Comme le Judo, l'Aïkido est un moyen de développement personnel, et son essence ne convient qu'à certaines personnes choisies. Après mon arrivée au Japon, j'ai entendu parler de monsieur Ueshiba et lorsque je suis allé à son dojo à Shinjuku, j'ai été profondément ému par sa démonstration. C'était comme l'œuvre d'un Dieu. Lui, un maître de 73 ans, a battu un certain nombre d'adversaires en un clin d'œil. Les effets de l'Aïkido étaient surprenants et chaque mouvement était comme un miracle. Monsieur Ueshiba a défait ses adversaires en appliquant une variété de principes non violents avec un sourire constant sur son visage, et je ne pouvais comprendre comment il pouvait y avoir une telle énergie dans son corps de 73 ans. Le but de l’Aïkido est de supprimer complètement la violence en utilisant le « Ki » ou la force mentale, et c'est la meilleure de toutes les méthodes de combat. En regardant les mouvements de monsieur Ueshiba, c'était comme s'il était prêt pour son prochain mouvement, même avant que l'adversaire ne bouge, et il n'avait qu'à laisser faire les choses. C'est parce qu'il connaissait les intentions de l'adversaire par son « Ki », qu'il annulait les mouvements de son adversaire. Il y a déjà beaucoup de gens qui apprennent l'Aïkido en France, mais celui-ci va certainement commencer à se développer dans le monde entier, car, comme toutes les autres méthodes de développement personnel qui sont vraiment bénéfiques, l'Aïkido mène à l'énergie, la paix et à la beauté de l'univers, et il contribue toujours au développement des êtres humains dans le monde entier. (Écrit par André Nocquet)


Article 4

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La France, le deuxième plus grand pays de judo au monde

Écrit par André Nocquet

Le Kuroobi kai, un rassemblement de 1 200 ceintures noires

Des jeunes hommes qui ont redécouvert l'essence de La chevalerie

L'histoire du judo en France a commencé en 1935 lorsque le maître Kawaishi (7ème Dan), qui avait été formé directement par le fondateur du Judo, Jigoro Kano, est arrivé en France. Le Judo a établi sa position en France et a contribué à la popularité du sport français avec d'excellents résultats au cours des 15 années qui ont suivi, grâce au travail du maître Kawaishi. Maître Kawaishi est aujourd'hui le directeur technique de la fédération, et il est assisté par messieurs Michigami (7ème Dan) et Awazu (6ème Dan). La fédération française de judo compte actuellement environ 18 000 membres et le nombre de clubs appartenant à la fédération est supérieur à 800, sans tenir compte des branches de l’armée et des clubs sportifs généraux qui ont récemment rejoint la fédération. De plus, les pratiquants de Judo en France sont inscrits à Kuroobi kai lorsqu'ils sont passent avec succès le test de la ceinture noire, et ce Kuroobi kai compte actuellement environ 1 200 membres. Compte-tenu que 6 000 à 8 000 ceintures marron se préparent actuellement à la ceinture noire, le nombre de ceintures noires atteindra probablement 2 000 l'an prochain. Les détenteurs (dont la moitié sont des professeurs de Judo) et leurs clubs opèrent non seulement en France métropolitaine, mais aussi dans les régions et territoires qui font partie de l'Union française comme l'Afrique du Nord, l'Afrique Noire, Madagascar, l'Indochine et la Nouvelle-Calédonie, afin de former les pratiquants de Judo. En outre, les maîtres de Judo français ont beaucoup d’élèves à l'étranger, notamment tous les pratiquants ou champions de Judo aux Pays-Bas, en Belgique et au Luxembourg, et la majorité des pratiquants de Judo en Espagne, en Suisse et en Autriche ont été formés par les Maîtres Français.

Comme vous avez pu le voir, les Français ont joué un rôle très important dans la promotion du Judo. La Fédération Française de Judo a d'abord appartenu à l'Association Française de Lutte, mais elle s'est séparée de celle-ci en 1943 pour devenir officiellement indépendante en 1946, et elle a gardé contact avec le Ministère des Sports. Le président en poste depuis la création de la fédération est Paul Bonét-Maury (4e Dan), un professeur à l'Institut du Radium (impliqué dans la prévention des radiations nucléaires) et conseiller pour le gouvernement français. En raison du développement significatif du judo, des ligues régionales ont été mises en place à partir de cette année. Le rôle de ces ligues est d'aider la fédération dans la planification des activités régionales et la fédération prendra des décisions concernant les clubs régionaux, afin qu'ils puissent dicter les décisions régionales.

Quoi qu'il en soit, je voudrais que vous, japonais, sachiez qu'après la guerre, de jeunes Français ont retrouvé l'essence de la chevalerie française et du fair-play dans le Judo que le Maître Kano a fondé. Vous devrez savoir comment cela a aidé le Judo français à se développer de façon significative, et pourquoi certains jeunes Français sont tellement passionnés par le Judo. À mesure que le judo s'est développé de manière significative dans le monde, il a fallu une organisation internationale qui résoudrait un certain nombre de questions importantes. Bien que ces questions soient l'objet de la recherche de tous les directeurs du Judo, il serait idéal pour la majorité d'entre eux qu’il soient résolus sur une courte période de temps, et avec le plein soutien de personnes bonnes justes.

Monsieur Nocquet est maître à la Fédération Française de Judo, membre du Kuroobi kai, 3ème Dan en Judo, premier Dan en Aikido, et il dirige un dojo à Bordeaux, en France. Nocquet est venu au Japon le mois dernier et il a rejoint l'Aikidojo Ueshiba à Wakamatsu-cho, Shinjuku, Tokyo. Il est également un pratiquant dévoué qui se rend régulièrement au Kodokan pour pratiquer le Judo.

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À-Propos

Guillaume Erard est titulaire du grade de 6e Dan en Aïkido (Fondation Aikikai - Aikido Hombu Dojo de Tokyo), et du titre de Kyōshi 5e Dan en Daïto-ryu Aiki-jujutsu (Hombu Dojo de Shikoku). Résident permanent au Japon, il dirige un dojo d’Aïkido à Yokohama et anime régulièrement des stages internationaux. Il est docteur en biologie moléculaire et titulaire d’un Master 2 en sciences de l’éducation. Ses recherches portent notamment sur les dimensions pédagogiques et historiques de la transmission des arts martiaux japonais. Il a publié de nombreux articles dans des revues spécialisées en France et au Japon, et a collaboré à la rédaction du dernier ouvrage de Christian Tissier.

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