L'entretien suivant avec Takuma Hisa a été réalisé par Stanley Pranin le 14 avril 1979 au domicile d'Hisa de Nishi Ogikubo, Tokyo. Hisa a été l'élève d'Ueshiba Morihei, puis de Takeda Sokaku dans les années 30 à Osaka. Il a reçu le certificat kaiden no koto en 1939 de Takeda et a été promu au 8e dan d'Aïkido par Ueshiba Morihei en 1956. A cause du fait que Hisa est décédé peu de temps après cet entretien, Stanley n'a jamais pu effectuer de suivi. Josh Gold, le successeur de Stan, m'a récemment confié les bandes audio originales de ses interviews et j'ai décidé de revenir à la version japonaise originale, qui contenait un certain nombre de documents supplémentaires, et je les ai inclus ici pour aider à mieux comprendre le contexte. J'ai également ajouté un certain nombre de notes pour clarifier certains points et refléter les informations les plus récentes dont nous disposons concernant cette période clé de l'histoire de l'Aïkido.
Pourriez-vous décrire comment vous en êtes venu à étudier l'Aiki-jujutsu avec Ueshiba Sensei ?
Eh bien, les journaux doivent refléter la société dans laquelle ils existent. Dans la politique de l'époque, il y avait beaucoup de soi-disant alliances politiques et lorsque ces groupes faisaient des choses qui étaient hors limites, les journaux les critiquaient. Un tel article a été publié dans le journal AsahiL'Asahi Shinbun (朝日新聞, lit. Journal du Soleil Levant) est l'un des principaux journaux au Japon mais dont la ligne éditoriale est historiquement un peu plus orientée à gauche que celle d'autres journaux de taille comparables. et en réponse, plusieurs membres du SeiyukaiRikken Seiyukai (立憲政友会, lit. Association constitutionnelle d'amitié politique) était l'un des principaux partis politiques conservateurs de l'Empire japonais d'avant-guerre. Il s'est souvent opposé aux réformes sociales et a soutenu le contrôle bureaucratique et le militarisme. Le parti est devenu une partie du Taisei Yokusankai (大政翼賛会, lit. Association de soutien à l'autorité impériale) en 1940, une structure politique établie pour créer un parti totalitaire à parti unique au sein de l'Empire du Japon. se sont déchaînés et ont tenté de brûler les bureaux du journal. Par conséquent, le journal devait se protéger. Nous avons mis en place des mesures défensives telles que des fils électrifiésEn effet, la position libérale du journal aurait provoqué un incident de vandalisme le 19 février 1936, ainsi que des attaques répétées de la droite tout au long de cette période. A noter que le journal adoptera cependant une ligne beaucoup plus solidaire envers le gouvernement et son action militaire à partir de la fin des années 30..
En 1932, j'étais chargé de renforcer la sécurité au siège du Tokyo Asahi News. En reconnaissance de mon travail, et malgré mon jeune âgeHisa avait 37 ans en 1932., j'ai été promu à un poste supérieur au bureau d'Osaka. Ensuite, le supérieur hériarchique de Tokyo, M. Mitsujiro IshiiIshii Mistujiro (石井 光次郎) était l'un des hommes politiques japonais qui a fondé le Parti libéral démocrate. Il a été vice-premier ministre du 20 mai 1957 au 12 juin 1958., qui était président de la Société d'éducation physique, m'a présenté Ueshiba Sensei et m'a dit que je devrais étudier avec lui. Donc, on m'a essentiellement ordonné d'apprendre d'Ueshiba Sensei et l'entreprise a payé pour cela.
Le 3 mars de Showa (1928), lorsque la princesse impériale Hisanomiya est décédée, il y a eu un incident occasionné par une grave erreur du correcteur. Les fonctionnaires du gouvernement et les gens du Seiyukai ainsi que des hommes de droite ont afflué vers le bureau, ont menacé les gardes avec des pistolets, ont fait irruption dans l'usine et ont versé de la poudre d'émeri sur les machines d'impression. Le chef Ishii m'a ordonné de gérer cette situation et de garder l'endroit. À la fin, le groupe d'émeutiers est parti et tout ce gâchis a pris fin. Il semble que la société de presse Asahi à Osaka ait également du mal à faire face aux menaces violentes des Seiyukai et de la droite. Au printemps du 7 Showa (1932), lorsque M. Yasushige Nagano des affaires générales a pris sa retraite, ce poste important m'a été confié, à moi qui n'avais que 33 ans.
Hisa Takuma – « Mon curriculum vitae (私の履歴書) »
Ishii Mitsujiro au Kansai Aikido Club en 1962. Hisa est agenouillé à droite.
Combien de temps avez-vous étudié avec Ueshiba Sensei ?
Ueshiba Sensei est venu à Osaka vers 1933 et nous avons étudié avec lui pendant environ trois ans. Il nous a enseigné les techniques assises d'abord, puis les techniques assises contre les attaques debout et enfin les techniques deboutC'est le système de progression actuel du Daito-ryu Aiki-jujutusu. Dans le texte publié en japonais, il est intéressant de noter que Hisa fait référence à ces étapes de la progression avec les termes habituellement employés en Aïkido, à savoir : suwari waza (座技), hanmi handachi waza (半身半立技) et tachi waza (立技), plutôt que ceux utilisés dans les parchemins originaux de Daito-ryu Aiki-jujutsu de Takeda Sokaku, à savoir : zatori (座取), hanza handachi (半座半立), tachidori (立取), respectivement, ou bien dans le Daito-ryu Aiki-budo moderne de Takeda Tokimune, c'est-à-dire : idori (居捕), hanza handachi (半座半立), et tachiai (立合), respectivement. Je ne sais pas si ce sont les mots qu'il a réellement prononcés ou s'il s'agit d'une décision éditoriale prise par Stanley pour faciliter la lecture aux aïkidoka. Cependant, Hisa a utilisé la même terminologie dans son livre Kannagara No Budo, donc je penche pour la première hypothèse. Il faut noter également que bien que les rouleaux tels que le hiden mokuroku portent la terminologie telle que hanza handachi, il semble que Sokaku ait utilisé l'expression hanmi handachi (半体半立) pour décrire cette situation. Cette dernière dénomination est utilisée dans les lignées Sagawa et Horikawa ainsi qu'en Aïkido.. J'étais jeune et très occupé à l'époque, donc je me levais vers cinq heures du matin et je m'entraînais pendant deux ou trois heures. Après chaque pratique, nous prenions des photos de toutes les techniques. Ce sont les photos qui ont été recueillies dans le SodenLe Soden (総伝) est un recueil photographique recensant les techniques enseignées par Ueshiba Morihei puis Takeda Sokaku, à l'Asahi News entre 1933 et 1939..
L'ensemble du Soden
Qui a pris ces photos ?
Nous les avons faites nous-mêmes. Après tout, nous étions un journal donc nous avions les moyens de le faire. Nous avons aussi pris le filmHisa fait référence à la célèbre démonstration d'Ueshiba Morihei de 1935..
Même aux heures les plus chargées, je me suis assuré de rester en forme en pratiquant le Sumo et le Judo. M. Ishii m'avait fortement recommandé ce type de Jujutsu appelé Aiki-jujutsu, j'ai donc passé beaucoup de temps à pratiquer cet art martial spécialisé dans la technique d'immobilisation inversée avec Ueshiba Morihei. J'étais du genre à approfondir les choses, alors je suis allé jusqu'à inviter les élèves de M. Ueshiba chez moi pour manger, dormir et s'entraîner ensemble. Le simple entraînement ne me suffisait pas à ce moment-là et j'étais déterminé à transmettre cet art à la génération suivante, alors j'ai commencé à prendre des photos de chaque technique et à y ajouter des légendes. Je voulais aussi filmer le tout, alors j'ai demandé l'aide du club de photographie et j'ai pu créer un film avec moi en tant que réalisateur.
Hisa Takuma – « Mon curriculum vitae (私の履歴書) »
Les photos étaient-elles de Ueshiba Sensei lui-même ou des élèves ?
Les élèves.
Vous souvenez-vous leurs noms ?
Oui. Il s'agissait de Yoshimura Yoshiteru, Kawazoe Kuniyoshi et Nakatsu HeizaburoNakatsu Heizaburo (中久 平三郎, 1894 - 1960) a ensuite enseigné le Daito-ryu à Shikoku. Après sa mort, ceux-ci rejoignirent les élèves de Hisa et créèrent le Takumakai.. Il y a onze volumes dans le Soden. J'en ai compilé neuf. Les volumes 1 à 6 contiennent ce que nous avons appris de Ueshiba Sensei, et les autres sont ce que nous avons appris de Takeda Sensei. À la fin de la leçon, Takeda Sensei avait l'habitude de prendre un bainC'est en fait Hisa qui l'y a emmené la plupart du temps, ce qui est probablement la raison pour laquelle il n'apparaît pas sur les photos. et pendant ce temps, les élèves retournaient au dojo et prenaient toutes les photos. Je les ai tous rassemblées et en ai fait un livre de onze volumesLes rouleuaux de menkyo kaiden que Hisa reçut en 1939 auraient contenu la liste exhaustive des techniques enseignées par Takeda, mais celles-ci furent perdues pendant la guerre, ce qui fait de ces photos le seul vestige restant des techniques enseignées à cette époque..
Extrait du tome 6 montrant Nakatsu Heizaburo exécutant les techniques avancées enseignées par Ueshiba Morihei.
Est-ce que Takeda Sensei savait que les élèves prenaient des photos ?
Je suppose que non. Mais, il m'a dit : « Bon-sanBon-san (ぼんさん) peut être traduit par « mon garçon »., je veux que tu transmettes ce budo aux générations futures. » C'est une des raisons pour lesquelles j'ai fait des enregistrements photographiques et pris des filmsSelon une histoire qui circule au sein du Takumakai, une vidéo de Takeda Sokaku existe également.. Dans sa newsletter, Daito-ryu Aiki-budo, le directeurHisa fait référence à Takeda Tokimune (武田 時宗, 1916 – 1993), le fils de Sokaku. a déclaré : « Je suis reconnaissant pour ces archives de Daito-ryu. Mon père aussi serait sans aucun doute ravi. »
Même Sokaku, qui était connu pour sa forte volonté et son esprit, s'inquiétait de l'avenir du Daito-ryu, il a donc choisi Hisa Takuma (qui maîtrisait parfaitement le Daito-ryu) comme successeur et assistant. Le diplôme et le parchemin remis à Hisa ont été écrits par le calligraphe Ooiso Sesshu devant Sokaku et Tokimune chez Hasegawa Yoshiro. Sokaku et Tokimune ont apporté le diplôme et le parchemin et ont pris une photo avec le groupe Osaka Asahi News de Hisa.Takeda Tokimune - Lettre d'information Daito-kan (avril 1979)
Photo officielle de Takeda Sokaku et Hisa Takuma (1939). Ce dernier montre son diplôme de menkyo kaiden.
Hisa a écrit de nombreux livres sur l'Aïkido en commençant par Kannagara no Budo en 1940, et 40 ans plus tard avec l'aide du Nippon Budokan, un film sur la démonstration d'arts martiaux de Hisa a été réalisé à la société Osaka Asahi News. Puis Hisa a fait une apparition lors d'un événement d'art martial, démontrant le Daito-ryu pour la première fois [Takeda Tokimune fait probablement référence à la première fois que le Daito-ryu a été inclus dans le Nihon Kobudo Kyokai (日本古武道協会), qui organise des manifestations annuelles. Fait intéressant, c'est à la demande de Hisa que le groupe de Tokimune a également été inclus, conduisant à une situation inhabituelle de deux groupes représentant le même ryu-ha.]. Il y a quarante ans, lorsque Takeda Sokaku a choisi Hisa parmi des milliers de ses élèves comme successeur, il avait prouvé qu'il avait la sagesse et le pouvoir de voir dans l'avenir. Je crois que c'est en soi la véritable essence de l'Aiki-budo. Je suis sûr que feu Sokaku est en effet très fier et satisfait des réalisations de Hisa.
Takeda Tokimune - Lettre d'information Daito-kan (avril 1979)
Film réalisé par Nippon Budokan à la fin des années 1970 introduisant le Daito-ryu, Hisa Takuma et détaillant certaines des techniques du Soden.
Vous possédez certainement pas mal de ressources !
Voici un manuscrit que j'ai publié et qui s'appelle Kannagara no Budo. Il montre les techniques d'arrestation à l'usage des policiers. Celui-ci ici s'appelle « Techniques d'autodéfense pour les femmes. »Hisa montre probablement un ensemble de documents et photos divers à Pranin car dans sa version finale, Kannagara no Budo ne contient pas les techniques pour la police et les femmes. Ceux-ci se retrouvent cependant respectivement dans les volumes 10 et 11 du Soden , ainsi que dans une série d'articles écrits par Hisa pour le magazine Shin Budo..
Extrait du chapitre 11 de Soden avec des techniques spéciales pour les femmes (tori : Tokunaga Chiyoko, uke : Yoshimura Yoshiteru).
En regardant ces documents, je constate qu'ils ont été publiés et qu'ils sont bien organisés. Vous n'êtes pas seulement enseignant, vous êtes aussi historien, n'est-ce pas ?
Je vous remercie de montrer une telle appréciation pour mon travail
Avez-vous une idée de ce qu'il est advenu du film que vous avez tourné au Asahi News à Osaka ?
Je ne sais pas. Il n'y avait pas de titre dessus. Pour plus de commodité, nous l'avons simplement appelé « Asahi-ryu ».Le film a ensuite été retrouvé par Pranin, qui a pu organiser une projection pour Hisa avant sa mort. Le titre était en fait Budo.
Beaucoup de choses se sont passées et j'étais assez occupé, et pour être honnête j'avais oublié que ces films avaient été faits, mais j'ai récemment été contacté par un Américain du nom de Stanley Pranin, qui fait beaucoup de recherches sur l'Aïkido d'Ueshiba. Il avait trouvé le film, et est venu me le montrer pour que je puisse y jeter un œil. Je ne peux pas expliquer le choc que j'ai ressenti quand j'ai vu apparaître les mots "Filmé par la société Asahi News, réalisateur Hisa Takuma". Bientôt, je me suis vu comme un homme beaucoup plus jeune à l'écran, et alors que je regardais avec un autre étudiant, M. Yonekawa, nous deux, maintenant vieux et grisonnants, avons rigolé ensemble en regardant le film. C'était comme si nous roulions dans une machine à voyager dans le temps.
Hisa Takuma – « Mon curriculum vitae (私の履歴書) »
Démonstration d'Ueshiba Morihei au journal Asahi en 1935. Le film s'intitule Budo et est réalisé par Hisa Takuma.
Dans quelles circonstances Sokaku Sensei est-il allé à Osaka ?
Il est soudainement apparu au bureau d'accueil du Osaka Asahi News et a dit : « J'ai entendu dire que vous appreniez l'Aiki-jujutsu de Ueshiba. Je ne lui ai pas beaucoup apprisEn fait, Takeda a décerné le titre de kyoju dairi (教授代理, lit. instructeur représentatif) à Ueshiba en 1922, qui était à l'époque le plus haut niveau sanctionné par lui. Au moment de l'arrivée de Sokaku à Osaka, les deux hommes étaient en conflit du fait qu'Ueshiba enseignait de manière indépendante, ce que son diplôme ne lui permettait pas. Cela peut expliquer la connotation critique des propos de Sokaku envers son ancien élève. Ce conflit est aussi la raison probable pour laquelle Ueshiba a quitté Osaka peu après l'arrivée de Takeda, soit-disant sans même l'avoir rencontré., alors si vous voulez vraiment apprendre, je vous enseignerai. ».
Vous voulez dire que Sokaku Sensei est allé à Asahi News de son propre chef, n'ayant été invité par personne ?
Oui, Sensei est soudainement apparu, marchant jusqu'à la porte d'entrée avec son bâton à la main. Il est venu d'Hokkaido, vous savezCette version est fondamentalement différente de la version que donne Hisa dans son article pour Shin Budo publié près de 40 ans avant cette interview et où il laisse entendre que c'est en réalité lui qui a décidé d'inviter le professeur de Morihei pour apprendre de lui. Je ne sais pas si Stanley Pranin était conscient de cette contradiction lorsqu'il a posé sa question. Takeda Tokimune lui-même a écrit une version plus complète de l'événement dans sa biographie de son père :
« L'intérêt suscité par l'article "Ima Bokuden" s'est étendu jusqu'à Osaka et en juin, Sokaku a reçu une invitation du journal Osaka Asahi . Alors qu'il logeait à l'étage dans la maison de son élève M. Nagatani, une dizaine d'experts en judo et sabre et M. Hisa Takuma, chef de la section affaires de l'Asahi News sont venus lui rendre visite, ayant appris que le sujet de l' article de question était venue à Osaka. (N°39 de la newsletter éditée par le Daito-kan Dojo) »..
À cette époque, tous les membres du personnel de sécurité de l'Asahi News étaient des gars assez coriaces détenant au moins les rangs cinquième dan en Judo et en Kendo. Ils étaient également enthousiastes à propos de l'Aiki-jujutsu et pratiquaient dur, ils ont donc progressé rapidement. Ils ont naturellement absorbé presque tout le Jujutsu [Hisa se réfère ici spécifiquement au Jujutsu, comme s'il voulait souligner le fait qu'Ueshiba leur a enseigné les niveaux de base du Daito-ryu, l'Aiki-jujutsu étant un niveau de pratique supérieur.] qu'Ueshiba leur a enseigné en l'espace d'environ deux ans.
Juste au moment où nous essayions de décider quoi faire à partir de là, Sokaku Dai Sensei est soudainement apparu de nulle part, sans préavis ni invitation. Il avait un petit physique, mais ses yeux étaient vifs et brillants, et il portait un poignard à la taille. Et il marchait en faisant sonner un bâton de fer dans sa main droite, le genre de bâton qu'un ascète des montagnes pourrait porter.
Il a crié: « Bonjour là-dedans! Envoyez le directeur des affaires générales. Je suis le professeur d'Aiki-jujutsu d'Ueshiba Morihei et je m'appelle Takeda Sokaku. J'ai entendu dire que malgré son inexpérience, Morihei enseigne l'Aiki-jujutsu ici. Je considère qu'il est d'une grande importance pour l'honneur du Daito-ryu Aiki-jujutsu que de mauvaises techniques soient enseignées à l'Asahi News, sous les yeux du monde entier. Alors je suis venu d'Hokkaido aussi vite que possible. » Et tenant son épée au-dessus de sa tête, il dit avec insistance : « Nous commençons la leçon immédiatement ! » Bien sûr, nous avions déjà entendu dire par Ueshiba Sensei qu'il avait appris des techniques connues sous le nom de Daito-ryu Aiki-jujutsu d'un professeur appelé Takeda Sokaku, mais il était difficile de croire que ce petit vieillard [Sokaku avait 77 ans lorsqu'il est arrivé à Osaka, et il est décédé quatre ans seulement après la fin des cours au journal.] était cette personne. En tout cas, nous l'avons invité dans le dojo et l'avons traité poliment. Finalement, nous avons pu apprendre plus de détails sur lui et il a démontré certaines techniques de Daito-ryu Aiki-jujutsu sur certains des gars forts qui s'étaient entraînés avec Ueshiba Sensei.
Ueshiba Sensei était toujours accompagné de trois ou quatre de ses élèves personnels qu'il utilisait comme partenaires de pratique lorsqu'il démontrait [Ceux-ci comprenaient Yonekawa Shigemi, Yukawa Tsutomu, Tomiki Kenji, Shirata Rinjiro et Shioda Gozo. Il convient également de noter que les uke de la vidéo de 1935 étaient tous des élèves de Tokyo.]. Mais Takeda Sensei n'avait pas un seul élève avec lui et a toujours démontré ses techniques en utilisant quiconque était assez courageux pour s'avancer. Il n'avait personne avec lui cette fois-là non plus, alors les élèves forts se sont précipités les uns après les autres pour l'attaquer. Il les envoyait voler comme s'il tordait les poignets des bébés, les épinglant si profondément qu'ils ne pouvaient même pas crier grâce. Tout le monde avait été absorbé par les belles techniques d'Ueshiba, mais à ce moment-là, nous sommes devenus complètement fascinés par les techniques fortes de ce vieux maître. Tout comme Benkei [Saito Musashibo Benkei (西塔武蔵坊弁慶, 1155 – 1189) était un moine guerrier (sohei, 僧兵) qui vécut à la fin de la période Heian (794-1185)] l'avait fait lorsqu'il avait promis ses loyaux services à Ushiwakamaru [Minamoto no Yoshitsune (源 義経, 1159-1189) était un commandant militaire du clan japonais Minamoto à la fin de la période Heian et au début de la période Kamakura. Benkei a été vaincu par Yoshitsune dans un duel et en conséquence, il a juré de le servir jusqu'à la mort.], chaque personne présente s'est immédiatement inclinée aux pieds de Sensei et a demandé à devenir son élève.
Extrait du manuscrit de Hisa Takuma « From Aiki-jujutsu to Aikido (合気柔術から合気道へ) »
Après ça vous avez appris directement de Takeda Sensei ?
Peu importe combien de fois Sokaku Sensei a dit qu'il m'enseignerait, je ne pouvais pas croire que c'était vrai. C'était incroyable. À l'époque, j'étais directeur de la section des affaires générales et chef de tous ces braves gens. Cependant, je n'ai pas mentionné ma position à Takeda Sensei et je me suis plutôt placé en queue de file. Ce que Sokaku a enseigné était incomparablement plus dur que ce que nous avions appris d'Ueshiba, et j'ai pensé : « Ça c'est le truc véritable. » Mais à ce moment-là, il était trop tard pour monter et lui dire mon nom. Alors Takeda Sensei m'a toujours appelé « Bon-san » au lieu d'utiliser mon nom.
Lorsque vous appreniez le Daito-ryu, vous entraîniez-vous à utiliser des armes telles que l'épée ou le bâton ?
Ueshiba Sensei faisait ce genre de choses, mais je n'en ai jamais rien appris. Je n'ai appris que les techniques à mains nues.
Que diriez-vous de Sokaku Takeda Sensei ?
De lui aussi je n'ai appris que les arts à mains nues. Cependant, à part cela, j'ai également reçu des instructions sur l'épée Aiki et le Nito-ryuCette phrase est assez étrange puisque le sabre d'Aiki (合気の剣, Aiki no Ken) est généralement spécifiquement attribué au Daito-ryu, et Ueshiba en particulier. Nito-ryu (二刀流) pourrait faire référence au Daito-ryu Aiki Nito-ryu Hiden (大東流合気二刀流), une partie du programme de Daito-ryu spécifique au Takumakai, mais dans le contexte de cette école il s'agit principalement de techniques à mains nues exécutées comme si l'on avait deux épées à la main, pas de techniques d'armes à proprement parler. Le Takumakai ne met pas l'accent sur l'utilisation d'armes et bon nombre de ses instructeurs principaux se sont en fait rendus à Hokkaido afin d'apprendre les techniques Ono-ha Itto-ryu de Takeda Tokimune..
Takeda Sensei a-t-il déjà utilisé l'épée ou le bâton lorsqu'il enseignait des techniques à mains nues ?
Il était le plus doué avec l'épée. Comme vous le savez peut-être, la restauration Meiji a créé un surplus d'épéistes, donc s'ils voulaient gagner de l'argent pour vivre, ils devaient plutôt se tourner vers l'enseignement des arts les mains vides. Takeda Sensei était une telle personne.
Photo prise au Osaka Asahi Shimbun Dojo en septembre 1937. Takeda Sokaku exécutant une technique d'immobilisation sur quatre personnes : Hisa Takuma, Nakatsu Heizaburo, Kawazoe Kuniyoshi et Kawasaki Zenetsu. Rangée arrière à partir de la gauche : Kurita Yoshie, Tonedate Masao, Akune Masayoshi, Takeda Tokimune et Kono Tetsuo.
Combien de temps avez-vous étudié avec Takeda Sensei ?
Environ deux ou trois ans. Cependant, il m'a demandé combien de temps j'avais étudié avec Ueshiba et quand j'ai répondu : « Trois ans », il a dit : « Eh bien, dans ce cas, vous pouvez sauter les niveaux débutants et je commencerai à vous enseigner à partir du niveau intermédiaire. »Cela fait écho à ce que Hisa a dit à propos d'Ueshiba enseignant le Jujutsu. Il est probable que Takeda ait poursuivi le programme du Daito-ryu avec l'Aiki-jujutsu (合気柔術) et l'Aiki-no-jutsu (合気の術).
Un an plus tard, vous avez été certifié instructeurIl s'agit du titre de kyoju dairi, le même que celui qu'Ueshiba Morihei a reçu en 1922. Hisa a reçu le sien en octobre 1936. par Sokaku Sensei. C'était rapide, n'est-ce pas ?
Eh bien, je suis sûr que c'était parce que j'avais passé ces trois années sous Ueshiba Sensei à développer une fondation de base. J'ai appris de Morihei Sensei pendant plus de trois ans, mais je n'ai pas obtenu de licence de sa partCeci est intéressant car on sait que Morihei a accordé des licences de Daito-ryu avant la guerre, comme le hiden mokuroku (秘傳目録) à Mochizuki Minoru en 1932. On peut se poser la question de savoir s'il a décidé de ne pas décerner diplômes au groupe d'Osaka ou s'il n'a tout simplement pas eu le temps de le faire avant l'arrivée de Sokaku..
Extrait de l'eimeiroku de Takeda Sokaku montrant que Hisa Takuma a reçu le titre de kyoju dairi le 1er octobre 1936.
Trois ou quatre ans plus tard, Tomiki KenjiLa version anglaise originale de cette interview est différente car elle mentionne Tomita Kenji. J'ai décidé de restaurer le nom tel qu'il était dans la version japonaise car il semble plus probable que ce soit Tomiki qui soit à l'origine de cette recommandation puisqu'il avait lui-même enseigné dans le groupe de Hisa à Osaka en tant qu'assistant d'Ueshiba. m'a recommandé pour recevoir un grade, disant que j'étais le meilleur parmi tous les Aikidoka, alors Ueshiba Sensei m'a décerné un huitième danHisa a reçu le huitième dan d'Ueshiba Morihei au Hombu Dojo, mais c'était le 23 mai 1956, vingt ans seulement après le départ de Morihei d'Osaka..
Hisa Takuma recevant le 8ème dan d'Aïkido des mains d'Ueshiba Morihei au Hombu Dojo, en 1956 en présence d'Ueshiba Kisshomaru.
Combien d'élèves y avait-il quand Takeda Sensei enseignait ?
Cinq ou six.
A combien s'élevaient ses frais de scolarité ?
Il ne demandait vraiment pas grand-chose. Il y avait un système pour ça. Lorsque vous pratiquiez, vous inscriviez votre nom dans un livre d'inscription et y apposiez votre sceauIl s'agit du shareiroku (謝礼禄) un registre répertoriant les noms des élèves, les heures et lieux de formation, et le montant payé.. Il ne facturait certainement pas un montant déraisonnable. En fait, il se désintéressait de telles choses.J'encourage le lecteur à jeter un œil à l'article récent d'Ellis Admur « It Aint Necessarily So: Where's My Money!!!???? » qui remet en question l'idée généralement acceptée selon laquelle Takeda Sokaku facturait des sommes d'argent déraisonnables à Ueshiba Morihei et à d'autres de ses élèves.
Extrait du shareiroku de Takeda Sokaku daté du 4 décembre 1936. Les élèves sont : Tonedate Masao (刀林館 正雄), Hisa Takuma (久 琢磨), Harada Jozaburo (原田 女三郎), Yoshimura Yoshiteru (吉村 義照), Nakatsu Heiza buro (中久平三郎), Kono Tsuneo (河野 恒男), Akune Masayoshi (阿久 根政義), Kawazoe Kuniyoshi (河添 邦吉), Takahashi Jun'ichi (高橋 儀右衛門), Takahashi Koichi (高橋 顺一), et Kusumoto Koichiro (楠本倖一郎).
Quand je l'ai rencontré à Osaka, je l'ai emmené dans certains des restaurants les plus chics, et il insistait toujours pour donner un pourboire à la serveuseLes pourboires sont inhabituels au Japon.. Il a dit : « Bon-san, tu ne peux pas utiliser ces filles pour rien, tu sais. » De plus, il m'a dit que chaque fois que je visitais la maison de quelqu'un d'autre, je devais toujours garder à l'esprit un moyen de m'échapper. Il m'a appris beaucoup de choses sur la voie du guerrier.
Plus tard, j'ai eu la chance de rencontrer Takeda Sokaku, qui est le véritable fondateur de cette voie, et j'ai été extrêmement honoré de devenir l'un de ses derniers élèves. J'ai reçu le menkyo kaiden en Daito-ryu Aiki-jujutsu. J'ai pris tous les enseignements de Ueshiba Sensei et Takeda Sensei et les ai enregistrés sur film, tout monté, les ai séparés en 4 sections : shoden (初伝), chuden (中伝), okuden (奥伝) et hiden (秘伝), et j'ai créé un total de 9 volumes du Daito-ryu Aiki-jujutsu Soden Kyukan (大東流合気柔術総伝九巻) ainsi qu'un autre volume appelé Hogi Hidden (捕技秘伝), destiné aux policiers, et un autre volume supplémentaire nommé Josei Budo (女子武道), qui montre des techniques qui peuvent être utilisées pour l'autodéfense des femmes.
Hisa Takuma – « Mon curriculum vitae (私の履歴書) »
Y avait-il une sorte de relation entre Takeda Sokaku et Kano Jigoro ?
J'ai entendu dire quelque part qu'ils étaient tous les deux nés en 1860En fait, Takeda Sokaku est né le 10 octobre 1859 et Kano Jigoro (嘉納 治五郎) le 28 octobre 1860.. Takeda Sensei a dit à l'époque que Kano transformait le Jujutsu en une « Voie ». Il a dit que tout en faisant cela était bien, il avait oublié le Jujutsu à l'ancienneCet argument est repris par Hisa lui-même dans son article de 1942 pour Shin Budo, ainsi que dans l'extrait de son manuscrit ci-dessous..
D'après ce que je sais, tout comme Kano Sensei avait décidé d'interdire les techniques de Jujutsu traditionnelles mais dangereuses telles que les techniques de verrouillage inversé et l'atemi waza, et d'introduire des techniques de projections amples et des techniques de travail de base/épinglage dans le cadre d'un programme d'éducation physique, tout en appliquant l'esprit sportif pédagogique, Ueshiba Sensei a également décidé de diminuer le nombre de techniques de verrouillage inversé qui est la quintessence du Daito-ryu, faisant de l'Aiki nage les techniques principales, et de le modifier afin de le rendre plus adapté au grand public.
Extrait du manuscrit de Hisa Takuma « From Aiki-jujutsu to Aikido (合気柔術から合気道へ) »
Je n'avais pas beaucoup d'informations sur ce sujet jusqu'à présent, alors j'ai vraiment beaucoup appris aujourd'hui. Merci beaucoup.
Après tant de temps, si vous avez quelqu'un qui vous dit la vérité, c'est précieux.
